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Restitution des ateliers d'étude organisés les 24 et 25 juin 2004 à Roubaix par les APSN (Associations de Prévention Spécialisée du Nord) - par Pascal Piteux, Chargé d'études

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Introduction
Durant ces deux journées, nous avons choisi de donner la primeur à ce que nous nommons communément "le terrain", soit pour nous un domaine de la réalité sociale, un objet de pratiques professionnelles au quotidien, en multipliant les ateliers sur ces formes d'interventions que nous appelons éducatives.
Cette modalité d'échange nous paraissait plus propice à la production de connaissances, par le témoignage de praticiens confrontés au jour le jour, tant à des formes multiples de souffrances qu'à l'interrogation de leurs pratiques.
L'enregistrement de l'ensemble des séances de travail nous permettra de produire ultérieurement les actes de ce forum international.
Son programme vous annonçait pour le début de cet après-midi une synthèse des ateliers. Promesse impossible à tenir, sauf à réduire la richesse des échanges, 12 ateliers, 7 thèmes, près de 40 interventions, en empruntant le modèle du catalogue en faisant se succéder à la tribune, comme autant de chapitres, douze rapporteurs. Pour des raisons d'organisation, les trente minutes dont nous disposons n'y suffiraient pas ; Nous tenons donc d'abord à remercier les intervenants et les rapporteurs pour la qualité des informations qu'ils nous ont transmises, les participants pour leurs apports, et nous plaçons cette restitution globale sous le contrôle de tous.
L'ensemble des intervenants ne sera pas cité, c'est la limite de cet exercice "à chaud".
Il s'est agit durant ces deux jours de partager et d'interpréter des modes d'intervention plus que de les confronter, de mettre en relation différents savoirs d'expérience pour en tirer des enseignements et opportunément s'en approprier des éléments, à partir d'environnements néanmoins dissemblables.
Chercher chez l'autre la ressemblance autant que la différence, voilà un processus identitaire et éducatif que nous connaissons tous. Pas d'individu sans altérité, pas de société sans transmission.
De fait, dans tous les ateliers, vous avez mis en évidence la construction éducative de cette altérité que nous résumerons ainsi : "être soi parmi les autres c'est être unique parmi ses semblables". Vous l'avez signifié plus fortement encore dans l'atelier 2, en liant projet individuel et engagement collectif, en affirmant qu'il s'agissait pour vous d'accompagner ce processus d'individuation, d'autonomie et de responsabilité au sein et en lien de l'entourage, qu'il soit groupal et affinitaire, qu'il soit familial ou scolaire, qu'il soit citoyen, qu'il soit en définitive sociétal et culturel.
C'est peut-être le paradoxe de l'humanité, c'est sans aucun doute l'un des paradoxes de l'éducation : favoriser l'existence du sujet au sein du collectif.
Alors, de ce point de vue, les objectifs de cette rencontre internationale font écho à cette démarche éducative:
- prendre acte de nos ressemblances;
- tirer profit de nos différences;
- refuser l'indifférence.
Ce refus de l'indifférence, il s'exprime particulièrement dans la métaphore du lien et s'il est un premier terme, présent dans le titre de notre forum, qui traverse également l'ensemble des ateliers, c'est bien celui-là.
Tant l'art de son tissage, que "l'être avec" de l'accompagnement éducatif, que la question de l'école et de la famille, encore de la prévention et du droit à la sécurité, que le devoir d'avenir par le développement durable et qu'enfin la question de la communication, placent et replacent la question du lien au centre du débat.
"Pour faire société il faut au moins être deux" disait HEGEL.
Considérant notre métier nous pourrions dire, tant d'un point de vue éducatif que philosophique (les deux ne sont pas aussi éloignés que nous pourrions le penser) que pour faire société il faut être trois.
En effet sans la présence d'un tiers, il n'y a souvent que fusion ou conflit, ou encore un mouvement de balancier entre ces deux pôles.
Ce rôle de tiers apparaît comme emblématique dans chaque atelier, du travail de rue, le premier, à l'action de communication, le dernier.
Sans doute rien n'est plus inconfortable que cette posture qui refuse le côte à côte symbiotique autant que le vis-à-vis conflictuel pour relier ce qui se délite, pour restaurer une communication en rupture. C'est très inconfortable mais cela nous passionne, à juger de l'enthousiasme des débats. Cet enthousiasme nous semble caractériser l'esprit de notre profession, même s'il s'efface parfois pour laisser place au scepticisme, inévitable revers de la médaille, et ressort d'une nouvelle phase d'engagement, sauf à se complaire dans un registre de victimisation du travail social alors que les vrais souffre-douleur de l'exclusion sont les jeunes auprès desquels nous intervenons.
A bien écouter les débats qui ont eu lieu, il émerge parfois l'expression d'une similitude de situation entre les jeunes et les travailleurs de rue, un sentiment d'être laissés pour compte de la société pour les premiers, un sentiment d'être la partie congrue des politiques publiques pour les seconds, quel que soit l'échelon territorial des décisions politiques. Ces deux faits témoignent néanmoins de deux phénomènes différents, l'exclusion pour les jeunes, le défaut de reconnaissance pour les travailleurs de rue. Si les conséquences ne sont pas les mêmes, le processus peut apparaître identique, la marginalisation des minorités, dans un rapport à la norme, qu'elle soit sociétale ou professionnelle.
Il faut bien admettre que nous sommes encore considérés comme des travailleurs sociaux à la marge du travail social et se préoccupant de marginaux, à la frontière des compétences sociales usuelles, en France comme ailleurs. Cela pose la question de notre légitimité, deuxième mot clé. Trois explications à cela, vous les avez énoncées, de manières différentes dans l'ensemble des ateliers :
- Nous représentons une minorité au sein de la grande famille du travail social et de fait nous sommes suspects.
- Nos pratiques communicationnelles sont inefficaces et parfois nous prêtons le flanc aux critiques du fait que nous nous présentons uniquement comme une alternative aux pratiques instituées.
- Enfin nous avons conservé une capacité d'innovation, c'est-à-dire une capacité instituante qui déborde les cadres stabilisés de l'intervention sociale.
Autrement dit nous sommes "déstabilisants", à tort et à raison. Nous ne détenons certainement pas la vérité, même si certains s'en assurent et nous pouvons le comprendre, mais nous détenons un formidable potentiel d'expériences et les différentes communications autant que les échanges l'ont prouvé.
Comment en témoigner ailleurs qu'entre nous? Comment le communiquer sans l'opposer à d'autres modalités d'intervention sociale, ce que par tentation défensive, en tant que minorité professionnelle, nous avons tous tendance à faire, certains plus que d'autres? La communication est sans doute le troisième mot clé de ce forum, d'abord parce qu'il est placé sous son signe et de manière internationale et encore parce qu'aucun lien n'est envisageable sans communication, sans valorisation médiatique, c'est un principe de réalité auquel nous nous confrontons depuis des décennies. En France, la question de la lisibilité et de la visibilité de notre travail est récurrente. Nous avons multiplié les instances représentatives:
- à l'échelle nationale, le Conseil technique de la Prévention Spécialisée, (CTPS) le Comité National de Liaison des Associations de Prévention Spécialisée, (CNLAPS);
- à l'échelle régionale, l'union des clubs et équipes de prévention spécialisée, jusqu'en 1986;
- à l'échelle départementale, l'APSN qui est une forme de recomposition de l'union régionale et l'organisateur de ce forum avec l'appui de dynamo international.
Nous n'avons pas résolu les questions de communication et de représentativité, et au-delà la question du poids politique face à une question qui relève pourtant de la Cité.
Durant ces deux jours la communication a elle aussi été centrale. Entre nous, entre nous et les médias, les partenaires, et les décideurs politiques, au cur de la Cité.
De ce point de vue, le programme européen "Daphné" porté par Dynamo International, son groupe pilote et son réseau, a été fédérateur et levier pour cette rencontre.
Communiquer, pour nous, c'est produire du sens. Et non simplement de la communication (comme un produit, une technique) mettant en relation un émetteur un message et un récepteur.
Le sens c'est le quatrième terme clé que nous retiendrons de ce forum international. Nous le savons tous c'est le sens que nous conférons à nos pratiques qui nous animent et non une technique relationnelle à mettre en uvre dans une professionnalité sans conviction.
Ceci étant dit, la question de la finalité s'est également posée dans les ateliers, inévitable tension entre valeur et responsabilité, tension qu'il appartient de réguler, question éminemment politique voire politicienne.
Quatre mots clé indissociables, le sens, le lien, la légitimité, la communication. Quatre mots qui participent à l'éducation mais qui pour nous resterait à l'état de concept s'ils ne s'incarnaient dans une pratique, cinquième mot clé : la présence sociale dans la rue, le travail de rue, cette offre éducative qui précède l'expression et la demande, individuelle ou collective, bien évidemment placée dans le registre élargi de l'éducation.
Une chose et d'ores et déjà avérée. Ces cinq termes (le sens, le lien, la rue, la légitimité, la communication), ces cinq topiques traversés par la question de la solidarité internationale, participent de notre engagement et de notre identité professionnelle, de la constitution d'une communauté professionnelle internationale qui doit être distinguée d'une corporation à laquelle on voudrait parfois nous réduire.
C'est aussi le sens de notre implication au sein du réseau de Dynamo International.
Communauté professionnelle et corporation, il arrive que certains fassent l'amalgame, la différence mérite que nous nous y arrêtions.
La pratique du corporatisme c'est la défense exclusive des intérêts professionnels d'une catégorie de travailleurs quand une communauté professionnelle s'en distingue par l'identification de pratiques communes qui traversent souvent des secteurs d'activités multiples.
Par delà la tentation corporatiste nous attendons tous une reconnaissance de notre travail. C'est là l'expression de notre désir de métier que nous souhaitons reconnu comme tel avec ces fondamentaux et par delà des frontières, avec ces perspectives d'évolution, bien sûr différenciées selon les contextes dans lesquels ce métier s'exerce.
Notre ambition modeste a été ici de participer à tisser aussi des liens entre travailleurs de rue d'une planète qui se rétrécit pour les plus aisés des terriens, une minorité, mais dont les distances sociales augmentent dramatiquement pour les autres, la majorité.
Restitution des ateliers
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Tisser du lien dans la rue |
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Accompagnement individuel et collectif : le coeur de métier |
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L'école de la rue, la rue dans l'école |
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Parents d'ici, parents d'ailleurs |
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Politiques préventives et prévention sécuritaire |
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Education et développement durable, relations et enjeux |
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Du sens de l'action au sens de la communication |
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