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- La rue, espace de vie -
(Production Belgique)
ASBL "Coin de Rue"
Fédération des travailleurs sociaux de rue.
Coordination: François HARRAY
300, Av Victor Rousseau - 1190 Bruxelles.
Tél./Fax : 02/376.24.26
E-mail : coinderue@belgacom.net
Site : http://www.travail-de-rue.net/cdr
Thème de l'atelier
Qu'est ce que la rue?
Pourquoi et comment les jeunes se retrouvent dans la rue?
Travail sur la vision négative de la rue.
La Rue espace de vie, espace de tous les possibles
"Dune image négative à une réalité plus positive et plus humaine"
La société belge actuelle voit souvent dans la représentation de la rue : la délinquance, l'insécurité, la violence
On nose plus sortir de chez soi, se promener. On a peur
Mais les rues ne sont pas vides. Cest dailleurs ceux qui y vivent qui sont montrés du doigt. Ny a-t-il pas moyen de vivre la rue comme espace de rencontre, de joie, dapprentissage, de sécurité, dappartenance ? Le travail de rue cherche à rendre à la rue et à ses "habitants" une dimension plus humaine, plus réaliste.
Introduction
Historique
L'origine du travail de rue se situerait aux Etats-Unis dans les années 20. Les recherches sur la criminalité et la délinquance réalisées par deux sociologues ont débouchées sur de nouvelles approches du travail auprès de jeunes peu accessibles.
Après la deuxième guerre mondiale, cette méthode de travail a été utilisée pour approcher les gangs de jeunes du quartier de Harlem. Les travailleurs proposaient des activités pouvant répondre à leurs attentes. De plus, ils écoutaient les demandes spécifiques de ces jeunes, pour en faire un rapport au maire de la ville, qui pouvait ainsi proposer des alternatives à la rue.
Dans les années 60, cette formule de travail est adaptée au Québec auprès des toxicomanes. Les travailleurs agissent directement sur le milieu des jeunes et nouent des liens avec les plus marginalisés.
En Belgique, les premières initiatives développant le travail de rue apparaissent dans les années 70 et plus particulièrement au milieu des années 80.
Cest en réaction à l'intra-muros dont l'action sest petit à petit éloignée des populations que le travail de rue sest mis en place.
Voulant surmonter ce fossé grandissant, le travail social de rue entendait proposer une action extra-muros de proximité plus proche des populations et de leurs difficultés. Proposer une action sociale capable de sadapter à l'évolution des dites réalités sociales. En dautres termes, il sagissait de reconstruire une conception de l'action sociale plus humaine et plus réaliste où l'individu redevenait une priorité, pas un moyen.
Ce sont des associations privées sans but lucratif qui ont mis en place ces projets.
De quelques projets en 1970, nous sommes arrivés en 1995 à quatre-vingts initiatives recensées par la Fondation Roi Baudouin.
Durant cette décennie et grâce à l'arrivée massive de nouveaux moyens budgétaires, le travail de rue connaît actuellement un développement important. Tant au niveau des pouvoirs publics (Communes, CPAS
) quau niveau des associations privées, de nouveaux projets sont créés.
L'engouement du pouvoir politique pour le travail social de rue sest fait suite à une série dévénements violents quon connus certains quartiers bruxellois au début des années 1990. L'apparition dimportantes ressources financières sest également accompagnées dun cadre de rationalisation prônant des visées à court terme et centrées sur des options éminemment sécuritaires, comme cest parfois le cas au niveau des contrats de sécurité et de société.
A propos du travail de rue
Il faut distinguer différentes formes de travail de rue :
1. Le travail de rue pur et dur. Les éducateurs sont en permanence dans la rue. Il ny a pas de local mis à la disposition du public. L'objectif principal est dêtre le lien entre la rue et les institutions. Il sagit daccompagner la personne vers l'institution qui va assurer le relais. En principe les éducateurs nassurent pas de suivis à long terme.
2. Le travail de rue associé à un travail daccompagnement avec un local servant de point de chute et/ou de bureau social au public (ex : ICAR)
3. Le travail de rue visant un public généralement fort jeune qui débouche très souvent sur un travail danimation de quartier.
4. Si on définit le travail de rue comme un travail de proximité : toutes les associations travaillant dans des lieux publics ou privés ciblés (ex : le Nid et Espace P dans les bars, salons, clubs - ex aequo dans les cafés et clubs homosexuels)
La déontologie reste la même. Cependant la méthode dapproche, les techniques de travail et les partenaires impliqués peuvent varier considérablement dune forme de travail à l'autre.
La culture de la rue
A partir dune esquisse de définition la culture est l'ensemble des règles, des normes et valeurs qui définissent les relations entre les individus.
Cest une manière de se comporter, dêtre, dagir, de penser,
Mais existe t-il une culture de la rue ?
Oui, mais on ne peut parler dune seule culture car elle varie et sexprime selon le milieu, le groupe, le mode de vie,
Le travailleur de rue sexprime dans cette particularité et cherche à en saisir le sens. Cest pourquoi nous vous proposons une brève lecture de celle-ci.
La rue est perçue ici comme un lieu où ceux qui y vivent, qui y échouent, sapproprient cette espace selon des modes spécifiques.
Cest un espace :
- Où les personnes jouissent dune mobilité qui favorise la visibilité ou la fuite.
- Qui offre un confort et une protection favorisant diverses pratiques économiques dites marginales
- Où les personnes sont acteurs et expriment une appartenance.
- Où les personnes sont coupables et victimes dune violence qui semble être de plus en plus banalisée.
- Où il existe une sociabilité emprunte de rites à la fonction dappartenance et de solidarité qui défini les interactions et la survie du groupe.
- Où l'environnement semble être protecteur malgré ses dangers.
- Où le langage est composé de mots, de gestes, attitudes et comportements que seul les initiés comprennent.
La rue : cest aussi un malaise social où règne l'exclusion, une précarité matériel et affective, une rupture familiale,
Cest aussi un lieu dexpression, un lieu de survie où des besoins et des actes sont exprimés
A qui appartient la rue ?
La rue = lieu public
Rue : (définition du Larousse) Chemin public bordé de maisons ou de murailles, dans une ville, un bourg, etc.
La rue appartient à personne et à tout le monde puisque par définition cest un lieu public. Elle fait partie intégrante dun environnement constitué despaces privés; on pourrait dire que la rue est la matrice de multiples espaces privés
La fonction donnée à la rue nest pas la même selon que l'on considère la rue comme un lieu de passage ou, au contraire, comme un lieu où l'on reste, où on est :
Etre en rue, cest être dans un temps et dans un lieu où l'on éprouve des choses en commun. Cette notion du temps est différente dans la rue. Les interactions ne sont pas planifiées. La rue est vécue au jour le jour.
Passer dans la rue, cest être de passage. Cest un moment éphémère où lon peut savourer le côté public quoffre une grande mobilité. Celle-ci permettant à une personne dapparaître et de disparaître selon son choix ou ses besoins.
La rue est investie différemment selon que l'on est un homme ou une femme. Par exemple la rue comme lieu de squat (endroit où l'on dort) est peu fréquentée par les femmes. Elles ont dautres ressources. Elles iront dormir chez un ami, à l'hôtel.
En dehors de la prostitution et de la mendicité (très rare), la rue est plus, pour les femmes, un lieu de passage.
La rue = public hétéroclite
Qui retrouve t-on dans la rue?
Les jeunes, les mendiants, les toxicomanes, les étrangers (légaux et illégaux), les mineurs en fugue, les personnes handicapés, les artistes de rue, les prostitué(e)s, les dealers, les vendeurs de journaux, la police, le balayeur, le facteur, les éducateurs de rue.
Ils sont tous dans la rue pour des raisons différentes et vont automatiquement appréhender la rue en fonction des raisons qui motivent leurs présences. Cest la fonction même de la rue qui sera différente.
Malgré son apparence publique, la rue nest pas toujours accessible à tout le monde. Certaines catégories de gens sont exclues par leur handicap et l'absence de structures pour leur faciliter la mobilité. Dautres personnes sont exclues de la rue par son caractère dangereux et non approprié à une vie publique (les grands axes routiers).
Enfin, par la force des choses, la rue nest pas accessible aux personnes qui sont internées (prison, hôpital) ou grabataires.
La rue = lieu dappartenance
Tout le monde investit la rue mais à différents moments de la journée. Certaines rues ou quartiers sont investis par un public ayant des centres dintérêts communs. Un même lieu peut-être plus fréquenté à certaines heures quà dautres.
Les gens de la rue privatisent et saccaparent certains lieux : un muret, un garage, une place, un parc, un coin de rue, où ils se rassemblent et pratiquent certaines activités. Ceux qui ne partagent pas ces activités peuvent être les malvenus ou se sentir les malvenus (sentiments dinsécurité).
Ces lieux deviennent vite stigmatisés par l'opinion publique.
Exemples :
Le quartier Cathédrale Nord (Liège) qui est investi la nuit par un public de toxicomanes et de filles prostituées.
Des places, des bancs, des rues, qui, à partir dune certaine heure, deviennent le quartier général de bandes de jeunes.
Ces personnes viennent dans la rue pour discuter, travailler, trouver leur came, dealer. Mais ils viennent aussi car cest le seul endroit où ils sont connus (voire reconnus) Ils y trouvent parfois un réseau de solidarité et dentraide visant à satisfaire aussi bien les besoins primaires (manger, dormir) que les besoins liés, par exemple, à une dépendance (on ne laisse pas un pote en manque)
Cette appropriation de la rue est parfois très forte et se manifeste de manière visible : graffitis, le jargon utilisé, la manière dêtre, le look. Avec un risque de stigmatisation qui pourrait aller jusquà la formation de ghettos.
Au travers de reportages, de faits divers, les médias alimentent et entretiennent cette image négative.
La rue = reflet de notre société
La rue a évolué au fil des époques. En un siècle, elle a beaucoup changé. Elle nest plus investie de la même manière. Depuis, de nombreux marchands ambulants ont disparus. La voiture est arrivée, la télévision, les ordinateurs, Internet; inventions géniales mais renfermant de plus en plus l'homme dans un univers privé. Avec comme effet pervers : des rues sans vie, des quartiers morts, des places publiques sans public, des perrons de maisons sans âmes.
Dautres problèmes de société ont fait émergences. On craint à tout moment les attaques. On croit que les rues sont peuplées de gens dangereux et drogués. Les personnes âgées vivant seules chez elles ont peur le soir et osent à peine sortir pendant la journée. On réclame plus de policiers et une police mieux équipée. Des comités de sécurité sorganisent, les habitants entendant prendre en charge eux-mêmes la loi et l'ordre dans leur voisinage.
En réponse à ce sentiment dinsécurité, les grandes villes ont engagé des agents de prévention : surveillants urbains et de parc mobiles, des assistants de prévention et de sécurité, des surveillants du milieu urbain, gardiens de parc, vigiles, gardiens scolaires, agents de la brigade du milieu (homme vert), stewards urbains
Cette politique change probablement la configuration de la rue. Pour un certain nombre de citoyens, elle tranquillise et sécurise mais dun autre côté, ny a t-il pas un risque de déshumanisation de la rue ? Un risque de voir le caractère public de la rue disparaître au profit dune rue sécurisée mais sous haute surveillance?
L'espace de tous les possibles
Quel est notre rôle ?
Souvent, limage de la rue que retiennent la plupart des gens est négative.
Or, en tant que travailleurs de rue, nous projetons souvent une image plus positive de la rue et du public que nous y rencontrons. Peut-être parce que cest justement notre rôle de défendre cette image. De contre balancer le discours négatif vers un langage plus nuancé sans doute plus proche de la réalité (rapport dialectique)
Lidée nest pas de nier que la rue a ses effets négatifs. De faire le plaidoyer de la rue, mais bien de tenter dapporter une vision plus proche des réalités vécues.
De ce point de vue, nous participons à notre manière au changement social.
"Nous entendons par changement social toute transformation observable dans le temps (ni provisoire, ni éphémère) qui affecte la structure ou le fonctionnement dune organisation sociale et modifie le cour de son histoire. Ce changement résulte de l'action historique de certains groupes dacteurs à l'intérieur dune collectivité donnée."
Un autre regard
Prenons lexemple de jeunes adolescents qui se retrouvent en rue et du regard distinct que deux acteurs peuvent avoir par rapport à cette même situation. Cela parce que leurs rapports à lespace et à ceux qui le fréquentent plus assidûment est différent.
Mettons-nous dans la peau dun travailleur social de rue travaillant avec des jeunes dans un quartier et qui participe en même temps au comité de quartier.
Pour les membres du comité cela pourrait-être : " Ils traînent dans la rue, ce nest pas bon pour eux, ils vont y faire des bêtises, ils sont suspects, peut-être dangereux, les parents ou quelquun pourrait sen occuper plutôt que de les laisser traîner livrés à eux-mêmes "
Pour les travailleurs de rue, cela pourrait-être : " Ils se rassemblent entre amis, ce nest pas nécessairement négatif pour eux, la rue est un espace de socialisation, ils y jouent, parlent, apprennent à vivre ensemble, cest somme toute bien logique quils aiment se retrouver entre eux dans la rue, cest pour eux un espace de liberté quil ne faut peut-être pas occuper à tout prix, les jeunes qui traînent dans le rue ne sont pas nécessairement méchants ou dangereux "
Sous le discours de chacun, apparaît son rôle : lun de protection, lautre de responsabilisation.
"L'organisation des rapports sociaux est donc le résultat provisoire et dynamique de négociations entre des groupes de gens qui ont des projets différents. Ces négociations se jouent dans le conflit, considéré ici comme facteur de changement, et on obtient ainsi des compromis en constantes mouvances."
Le travailleur de rue a donc un rôle particulier à jouer par rapport à limage de la rue en général et plus particulièrement par rapport au public avec qui il travaille.
Prenons le temps de définir plus précisément la spécificité du rôle du travailleur de rue par rapport à la rue comme espace et comme représentation.
Son rôle positivant par rapport à limage de la rue est aussi bien local que global, individuel que collectif. Dédramatisant les situations, expliquant dautres raisons dêtre aux comportements, incitant les autres institutions à tenir compte de cet autre regard, à chercher des solutions non pas de type répressif et à court terme mais des effets possibles de type projectif et à long terme.
Le travailleur de rue "travaille" donc sur l'image de la rue. Le message est clair : il est possible pour les habitants dun quartier dagir sur leur lieu de vie et par la même de le positiver.
"Les acteurs sociaux sont engagés dans des luttes dont l'enjeux est le contrôle de l'Historicité : contrôle de l'évolution de l'histoire, de l'accumulation et du mode de connaissance, et du modèle culturel choisi."
Dans ce cas, le travailleur de rue fait une double opération : il joue ce rôle aussi auprès de son public. Car même le public auquel il sadresse peut avoir une image négative de lespace public et de la rue. Cest pourquoi des travailleurs de rue proposent aux gens avec qui ils travaillent des projets particuliers ou des discussions individuelles sur cette question.
Autre exemple : Des travailleurs de rue qui tiennent à ne pas stigmatiser leurs interventions. Ce qui se traduit dans leur discours par "je suis simplement disponible, je travaille avec tout le monde, ceux qui ont des difficultés ici et maintenant, ceux qui en nont pas, ceux qui ont des questions, ceux qui veulent parler tout simplement de tout et de rien."
Plus globalement, des travailleurs de rue se sont réunis en une Fédération, afin de jouer ce même rôle auprès des politiques qui définissent les actions sociales en Communauté Française.
Ils participent également à une recherche-action internationale sur les enfants de la rue, en faisant part des réalités quils constatent et quils vivent au quotidien à travers leurs actions.
Dans toute la complexité que ces réalités supposent, le travailleur de rue participe au niveau communautaire, national voire international à la compréhension des réalités de la rue et peut-être à une démystification de certaines idées reçues. Le travail de rue est alors politique. "Il peut avancer un contre projet ou la construction dune autre société. On est dans un lieu de rupture et dinnovation ou actions critiques et mutations vont de paires."
Dailleurs, il nest pas rare que le travailleur de rue se fatigue, à force de jouer ce rôle de contre-pouvoir, de rétablissement dune image positive ou plus réaliste. Cest pourquoi, beaucoup dentre eux ne restent pas ad vitam aeternam dans les institutions. Dommage, car cest à long terme que lon observe les effets du travail de rue. Cest manifestement un des paradoxes les plus criants de cette profession.
Quelle influence du rôle sur la méthode ?
La prise en compte de la réalité dans toute sa complexité oblige le travailleur social de rue à faire une synthèse des méthodes. Probablement quil doit réaliser cette synthèse de manière plus accrue que dans dautres secteurs vu sa position de proximité avec la réalité. Pour sexpliquer la réalité et pour pouvoir agir dessus, il va devoir sadapter constamment à celle-ci et utiliser avec souplesse les méthodologies. Tantôt en situation individuelle, il fera référence à telle ou telle approche psychologique, lheure daprès en préparation de projet collectif, il mettra en uvre toutes ses capacités danimation, en réunion avec dautres institutions ou en famille, il fera de la médiation ou de la systémique, en aménagement du territoire ou en travail sur la dynamique dun quartier, il sattachera au communautaire
La méthodologie du travail de rue se base sur un modèle de propension (voir Jean BLAIRON).
Le travail de rue politique ou le changement social ?
Si le travail de rue sacharne ainsi à contre balancer une image et à être un contre-pouvoir, cest quil vise à un changement social. Cest quil aspire à un projet de société particulier, qui met en avant un certain nombre de valeurs.
Lensemble de ces valeurs est constitué de lhéritage historique du travail de rue.
Dun point de vue historique, le travail social de rue sest posé comme une expérience mettant en avant limportance de se recentrer sur la personne humaine, sur la proximité avec elle, sur la rencontre dans le lieu de vie, sur ladaptation aux situations vécues en réaction à linstitutionnalisation, à la déshumanisation.
Il sest plutôt posé comme progressif, remettant en question un système en place qui séloignait de ses objectifs de départ (laide aux personnes) pour tourner sur lui-même. Bref, le travail de rue peut être vu comme un empêcheur de tourner en rond, un questionnement permanent à la société.
Lévolution historique du travail de rue nous amène aujourdhui à une situation où des dispositifs de type sécuritaire intégrant la méthodologie du travail de rue ont été mis en place depuis les années 90. Les valeurs sous-jacentes à ces dispositifs sont en opposition avec les valeurs historiques du travail de rue en ce sens quelles sont de lordre de la conservation et de la sécurité, découlant naturellement de lorigine des pouvoirs subsidiant (Ministère de lintérieur) et des intentions déclarées (lutter contre le sentiment dinsécurité)
Le rôle du travailleur de rue sera nécessairement fortement influencé par les valeurs mise en avant dans les dispositifs dans lesquels il sinscrit.
Par exemple :
De projets pilotes contractualisés avec les communes mettent en étroite collaboration policiers et éducateurs sur des quartiers " cibles " où des bandes de jeunes ont été identifiées.
Le premier volet du dispositif est policier, dont l'action " vise à assurer un niveau de sécurité objective et subjective "
La phase initiale de l'action " consiste à habituer la population et les jeunes à une présence en uniforme très régulière et très visible " dont des patrouilles à cheval et des brigades canines pour " faciliter les contacts "
Le tableau fait de plus en plus penser à un état de guerre. A quand un militaire mitraillette au poing à chaque coin de rue ?
Evidement, aucun de ces " grands stratèges " de la sécurité nenvisage l'effet de provocation et l'accroissement des tensions chez les jeunes visés par ce dispositif. Dans le meilleur des cas, il nous reste à espérer que ces jeunes trouveront dautres lieux où se réunir.
Dans la seconde phase, une pression plus forte est exercée sur les leaders et les contrôles didentité sont encouragés.
Sur le volet socio-éducatif, les actions sont avant tout tributaires des résultats répressifs à l'égard des leaders, des bandes en les " écartant du terrain "
Les animateurs de rue, des éducateurs spécialisés engagés à durée déterminée devront " mieux connaître et identifier les jeunes " Ils devront ensuite les " encadrer " et les " intégrer dans des activités à caractère structurant " afin de les " observer et déterminer leur niveau dintégration sociale. La suite du processus consiste en la prise en charge individuelle des jeunes pour quils élaborent " un projet individuel (normalisant) lors dun court séjour en dehors du quartier "
Tenir compte de l'environnement du jeune, de sa famille
nest pas tenu en compte.
Il sagit une nouvelle fois dune stigmatisation outrancière de quartiers défavorisés et de leurs jeunes sans prise en compte de ce qui est déjà mis en place par ailleurs. Au risque même de tout saboter. Le jeu de provocation dune présence en uniforme ne peut quengendrer des dérapages et éventuellement une escalade de la violence. Rien na été prévu pour faire face à un tel scénario.
Quant à ces pauvres éducateurs spécialisés qui disposent de douze mois pour " intégrer socialement " ces jeunes des " bandes urbaines " On ne peut que leur souhaiter suffisamment de force morale pour assumer l'échec inéluctable de leur mission.
Léthique ou quest-ce qui nous permet de jouer ce rôle ?
Relevons dans la charte de "Coin de rue", texte de référence en matière éthique pour les travailleurs de rue en Communauté Française, que " lessence même du travail de rue sinscrit dans une démarche éthique qui trouve ses fondements dans les situations réellement vécues par le public "
Dans le respect de lautre en tant que sujet, dans une démarche émancipatrice de participation active.
Dans le souci de ne porter aucun jugement moral sur les situations rencontrées "
A souligner dans le chapitre sur léthique : " La confidentialité de tout ce qui séchange entre les personnes et le travailleur social de rue doit être respectée. Le travailleur social de rue est donc tenu au secret professionnel même par rapport à son employeur. "
Enfin, le rapport de la recherche de la " Fondation Roi Baudouin " est un autre texte de référence. Il nous invite à compléter les principes déontologiques inhérents au travail de rue.
Lintervention se base sur létablissement dune relation profonde avec le jeune.
Il doit respecter et laccompagner dans ses choix, (
) la libre adhésion de la personne, le respect de ses valeurs
Lintervention sinscrit dans la durée, dans un temps disponible. Il faut du temps pour " se faire connaître et reconnaître"(
)
Le travail de rue est guidé par un choix politique qui est celui de la lutte contre lexclusion et pour une citoyenneté active.
Ici le contrôle social est vu comme : l'instrument de transformation qui vise à la ré appropriation de ce quon produit à travers l'utilisation du conflit pour influencer le rapport de force et modifier le modèle culturel et les normes (règles de conduites qui orientent l'action des individus.)
Lensemble de cette éthique de la relation donne la possibilité au travailleur de rue de jouer ce rôle de contre-pouvoir. Il existe une relation entre léthique des travailleurs de rue et son rôle par rapport à limage de la rue.
Cest parce que le travailleur envisage son intervention " dans le souci de ne porter aucun jugement moral sur les situations rencontrées " quil peut amener une image plus réelle de la rue.
La position du travailleur de rue, dans la proximité et dans la libre adhésion à la relation, lui permet découter au mieux la parole des gens de la rue afin de les accompagner pour que leur parole soit entendue ou de faire passer le message auprès des personnes qui doivent lentendre.
La charte de la fédération définit cela par " lapproche institutionnelle : De par sa proximité avec les réalités quotidiennes, le travailleur social de rue peut se voir attribuer un rôle dinterpellation et de sensibilisation auprès dacteurs publics, politiques, économiques, culturels et sociaux. Il sagit dès lors dassurer une possible communication entre les différents acteurs. |