Atelier 2

Les violences, les toxicomanies, la prostitution

Coordonnateur: Marie-Claire Lavater, Martinique
Personnes ressources: Nick Fenton, UK - Michèle Vilain, Belgique - Nguyen Van Hung, Vietnam

Objet: La vie dans la rue présente des nombreuses situations de danger pour les jeunes. Cet atelier a pour but de dÈgager des pistes pour tenter d'endiguer ces flÈaux.

L'expérience belge

Mme Vilain est assistante sociale au service ICARE (Liège-Belgique). Cette association s'occupe de jeunes prostitué(e)s âgés de 15 à 30 ans pour les garçons et de 14 à 50 ans pour les filles. La plupart de ces jeunes sont aussi confrontés au problème de la toxicomanie, à la violence (entre eux ou du fait des clients), il y a également de nombreux cas de séropositivité. Le travailleurs de rue d'Icare apportent une aide à ces jeunes prostitué(e)s en leur apportant une écoute de qualité, en travaillant sur la prévention de l'hépatite et du sida (distribution de préservatifs et échanges de seringues, aide à se faire soigner à l'hôpital, renseignements pratiques...), ils les aident à trouver un logement. En parallèle, ces travailleurs de rue essaient aussi de défendre le statut des personnes qui vivent de la prostitution. En effet si la prostitution est autorisée, le racolage est un délit en Belgique; cela signifie que les prostitué(e)s doivent faire face à toutes sortes de problèmes avec la police alors que si elles/ils ne peuvent se prostituer, il leur faudra trouver quelque 2500 euros/mois pour faire face à leur toxicomanie... si elles/ils ne le font pas en s'agressant eux-mêmes alors ils devront le faire en agressant d'autres personnes. Icare travaille donc d'abord à améliorer le sort immédiat de ces personnes sans les juger, ensuite bien sûr un travail à long terme peut être envisagé.

A. Vilain - "La toxicomanie et le reste" (0'31'')


448 Ko

820 Ko

d

L'expérience vietnamienne

Monsieur Van Hung nous parle des éducateurs de rue qui travaillent à Hochiminville, là-bas le nombre d'enfants qui vivent dans les rues est en augmentation (en cause notamment l'exode rural), beaucoup d'entre eux sont séropositifs et drogués.

Beaucoup d'enfants sont dans la rue pour y travailler, ensuite leur mode de vie change et ils restent dans la rue où ils sont, malheureusement, souvent victimes d'abus sexuel (notamment des touristes) ou bien ils sont utilisés dans des réseaux de deal de drogue.Les éducateurs de rue travaillent pour la plupart bénévolement ou pour un salaire dérisoire, ils s'attachent à briser la solitude et le manque d'accompagnement de ces jeunes qui, sans aide, tombent dans le cycle: toxicomanie-prostitution-séropositivité. Leur travail n'est pas facile car ces jeunes refusent pour la plupart d'entrer dans les institutions, ils préfèrent garder leur liberté et rester dans la rue. Aussi, il faut trouver des solutions adaptées: actuellement, il existe une petite maison communautaire où ces jeunes séropositifs et toxicomanes sont approchés et accueillis de manière très familiale et avec beaucoup d'amour mais peu de professionnalisme. Le soutien de l'Etat n'est pas encore très présent pour lutter contre ce phénomène des enfants de la rue

N. Van Hung- "L'enfant doit trouver sa valeur" (0'54'')


560 ko

1 Mo

d

L'expérience britannique

Monsieur Fenton fait partie d'une association qui s'appelle Child Hope, il n'est pas un travailleur de terrain mais il connaît bien la problématique des enfants de la rue. Il propose quelques considérations ou interrogations qui peuvent s'appliquer à toutes les situations locales:

  • Ce phénomène est un phénomène global , il faut essayer de briser le cercle vicieux de la violence qui est infligée à tous les enfants de la rue, on ne peut plus accepter que les autorités ne fassent (presque) rien face à toute cette violence, le paroxysme est atteint avec le " tourisme " sexuel.
  • Les enfants des rues se droguent parce qu'ils doivent le faire pour supporter leurs souffrances, ils ne le font pas par plaisir.
  • Où voulez-vous arrêter ce cercle vicieux rue-prostitution-toxicomanie-violence ? Il serait temps de commencer la vraie prévention et ne pas se contenter d'aller " ramasser les blessés " dans la rue comme sur un champ de bataille...les travailleurs de rue ne sont pas des ambulanciers!
  • Qu'est-ce qui fait que l'on devient travailleur de rue: la passion de la défense de la justice pour les enfants? La colère de voir tant de violence s'exercer?
  • Les bénévoles n'ont pas d'argent, il faut trouver de l'argent pour soutenir des projets qui collaborent entre eux, il faut montrer tout ce qui est déjà fait, prouver notre utilité depuis presque 25 ans...

L'expérience martiniquaise

En Martinique, il n'existe pas encore vraiment d'enfants des rues mais le problème va surgir car de plus en plus de jeunes " décrochent " de leurs attaches notamment à cause du problème de l'alcoolisme qui les touche de plus en plus tôt. En raison du climat agréable, beaucoup d'enfants " grandissent " dans la rue mais n'y vivent pas vraiment, donc on peut parler d'enfants dans la rue mais pas de la rue.

M.-Cl. Lavater - "Une demande de soutien" (0'48'')


496 Ko

916 Ko

d

M.-Cl. Lavater - "Une demande de reconnaissance" (0'12'')


132 Ko

248 Ko

d

Réactions des participants

  • La prévention est importante, il faut la financer au lieu de vouloir " ramasser " les morceaux dans la rue.
  • Pour pouvoir justifier de l'utilité de nos pratiques au niveau social, il faudrait pouvoir associer des chercheurs à notre travail mais souvent nous n'en avons pas les moyens.
  • Il faudrait pouvoir entendre l'avis des mineurs qui vivent dans la rue, ils n'ont jamais droit au chapitre et n'ont pas de porte-parole.
  • La pauvreté n'est pas le seul facteur qui amène les jeunes dans la rue, on constate ( en Belgique en tous cas) que tous les milieux sociaux sont concernés, s'il fallait dégager une constante entre tous ces jeunes on pourrait dire qu'il s'agit d'un manque de communication et d'amour dans leur milieu d'origine.
  • Pour s'attaquer aux problèmes des enfants des rues, on devrait aussi s'attaquer aux problèmes de la drogue, de la violence, de la prostitution...
  • Il faut revendiquer le droit de ces jeunes ou de ces enfants à être éduqués, à être soignés, à être considérés comme les autres personnes.
  • La réalité des pays en voie de développement est très différente de celle des pays riches. En effet, dans les pays du Nord, on veut appliquer l'interdiction du travail des enfants (convention des droits de l'enfant) et cela semble bénéfique pour eux mais cette interdiction peut avoir des effets pervers dans d'autres réalités dans les pays du Sud. En Inde ou en Afrique du Sud, l'interdiction de travailler, conduit directement les enfants vers des activités dangereuses voire fatales pour eux: la prostitution et le deal.
  • Pour faire arrêter la prostitution, il faut d'abord s'attaquer à d'autres problèmes: le logement, la pauvreté, la cohésion familiale, trouver des façons alternatives de gagner sa vie...
Recommandations
  • Reconnaissance légale et officielle des éducateurs de rue (salaires, formations, statut particulier), reconnaître qu'ils représentent une force positive pour contrecarrer les forces négatives présentes dans la rue.
  • Soutenir la prévention et dès le plus jeune âge avant que les problèmes n'apparaissent. Travailler sur la globalité et pas seulement sur les symptômes.
  • C'est aux adultes à trouver des solutions pas aux enfants, il faut travailler à repérer ce qui provoque ce manque d'affection plutôt que de se préoccuper exclusivement de la violence.
  • Il ne faut pas négliger l'impact de la publicité, on "sexualise" les jeunes de plus en plus tôt, ils deviennent cible et objet de consommation. Nous, éducateurs, sommes à contre courant du marketing quand on parle de respect, de sentiment...il faudrait plus d'éthique dans la publicité.
  • Il faut reconnaître l'existence des enfants qui vivent dans la rue, reconnaître leur statut de citoyen, un enfant sans papier n'existe pas et n'a pas de droits.
  • Faire appliquer partout la convention des droits de l'enfant.
  • Une réélle solidarité entre travailleurs de rue et agir collectivement au niveau politique.


 




N. Fenton


M.-Cl. Lavater


N. Van Hung


M. Vilain