Appel aux politiques

Une séance au Parlement européen...

Introduction

Le jeudi 28 novembre, une session de Parlement européen a été consacrée à la problématique des enfants de la rue et du travail de rue.

Les recommandations du Forum y ont été déposées et présentées par M. Edwin de Boevé, directeur de Dynamo, dans la forme provisoire qui était la leur après deux jours d'échanges multiples et intenses. Un groupe de jeunes a également demandé qu'on dépasse le niveau des intentions et que soient menées des actions concrètes.

Les travaux du Forum ont été illustrés par l'exposé d'une série de situations présentes au Nord comme au Sud. Elles peuvent être considérées comme représentatives d'une problématique internationale à laquelle il conviendrait d'accorder un ordre de priorité tout autre qu'aujourd'hui, comme l'ont indiqué M. Bouwman, Président de la Commission de l'emploi et des affaires sociales et M. Onesta, Vice-Président du Parlement européen.

On trouvera ici un résumé des interventions des initiateurs du Forum et des responsables des actions de terrain qui ont été présentées. Ces interventions et les débats qui les ont suivis ont été animés par Madame Olga Zrihen, député européen, qui avait participé aux travaux du Forum les jours précédents.

M. Bouwman, Président de la commission de l'emploi et des affaires sociales, pour M. Pat Cox, Président du Parlement européen.

Le fait que cette séance se déroule au Parlement européen est plus qu'un fait symbolique. Le Parlement européen a en effet été un des premiers organismes à prendre des initiatives dans ce domaine. Il y a 8 ans, un groupe de travail s'est créé pour analyser la problématique des enfants de la rue. Ce groupe est né au départ de constats alarmants posés par les médias sur des violences commises sur les enfants en Amétrique latine et en Europe orientale.

Le PE a ensuite organisé, en 1994, une réunion publique, à la suite de laquelle le réseau européen a été créé afin de mettre sur pied une méthode de travail, en concertation avec les ONG, les associations internationales, etc.

Une nouvelle phase a été lancée pour lutter contre l'exclusion sociale, notamment en lien avec un phénomène nouveau, la mondialisation.

Ensuite, la séance spéciale des Nations Unies pour l'enfance a été alimentée par les données du Parlement européen, sur l'application des droits de l'enfance, ratifiés par beaucoup de pays mais pas toujours respectés.

Enfin, la Convention européenne est en cours de rédaction. Le PE voudrait y voir une amélioration des valeurs, des normes, des principes. Un nouveau groupe de travail sur la politique sociale a été créé, qui va faire des recommandations aux députés.

On a donc engrangé des résultats, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

M. Bouwman - "Le Parlement et les jeunes" (1'25'')


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Madame Maartje Van Putten, Présidente du ENSCW

Madame van Putten rappelle qu'il s'agit de la troisième rencontre internationale dans laquelle le réseau est impliqué. Elle souligne l'intérêt des échanges entre pays, qui révèlent des similitudes et des convergences importantes.

Elle souligne également que beaucoup de travail reste à faire: les enfants des rues et les travailleurs de rue sont des citoyens marginalisés. Les politiques ne reconnaissent pas ce travail. Elle en appelle à des progrès en matière de législation, à une participation de la société civile, à une coopération internationale.

Le travail de rue correspond souvent à des interventions modestes capables de grands résultats, mais il est insuffisamment reconnu et soutenu.

Il existe certes un nouveau texte européen où les Etats s'engagent à déployer des actions de prévention et de réintégration des enfants de rue. Le Réseau européen des enfants de la rue demande l'application de ce texte, et l'instauration d'un système de surveillance de l'application du plan d'action qu'il implique.

En tout état de cause, il existe un mouvement mondial de mobilisation en faveur de l'enfance, et le Réseau compte bien, sous l'impulsion d'acteurs-clés, mobiliser la société civile et les différents niveaux de pouvoir concernés pour arriver à des résultats concrets.

Madame Suzanne Toussaint, Présidente de Dynamo

Madame Toussaint souligne la mobilisation de Dynamo dans l'organisation de la recherche-action que le Forum vient ponctuer et souhaite que toute l'attention soit accordée sans plus attendre à la réalité des enfants en souffrance, ainsi qu'aux associations qui se mobilisent en leur faveur.

S. Toussaint - "Le terrain et le politique" (0'58'')


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Monsieur Panagiotis Altanis, Représentant du gouvernement grec, future présidence de l'Union

Avec l'adoption de la Convention des Nations Unies sur les droits de l'enfant et avec la déclaration mondiale sur les droits des enfants, le cadre de base pour le système global de protection et de promotion des droits est en place. Mais il faut passer de la théorie à la pratique. On en est loin. Même dans les pays développés, l'environnement reste hostile aux enfants: pauvreté, maladies, HIV, conflits, instabilité politique... Le fait qu'il y ait des enfants de la rue reflète l'incapacité des Etats à protéger les plus vulnérables. La coopération internationale est indispensable pour diminuer l'exploitation et le trafic des enfants. Des forums comme celui-ci sont très importants. Le comité permanent sera informé des problèmes et une réunion de travail sera organisée à Athènes en 2003, puisque bientôt la Grèce va prendre la présidence de l'Union européenne.

Le Docteur Najat M'Jit, De l'association Bayti au Maroc

Le Docteur M'Jit s'interroge d'abord sur la manière dont les sociétés arabo-musulmanes ont pu devenir excluantes.

Elle souligne l'importance de plusieurs facteurs structurels: un exode rural combiné à une urbanisation anarchique, qui confine parfois la moitié de la population d'une ville dans des banlieues; des problèmes de pauvreté (qui touchent près de 20% de la population urbaine), une croissance faible, un fort endettement, un secteur d'économie informelle très important.

A cela s'ajoute un fort taux d'analphabétisme, un faible niveau de scolarisation, qui frappe surtout les filles. L'école n'est pas vécue comme une occasion d'ascension sociale; beaucoup d'enfants sont exploités économiquement par leur propre famille. Il manque enfin cruellement d'espaces pour les jeunes et de politiques de proximité.

Culturellement, la société marocaine est en proie à une crise des valeurs traditionnelles; le statut des mères est aussi mauvais que celui des enfants. Beaucoup de familles sont en détresse, l'éducation y est empreinte de violence.

Les enfants de rue sont plus fréquemment des filles que des garçons; le niveau scolaire est faible; il y a une moyenne de 18 à 24 mois de séjour dans la rue, avec toutefois une grande hétérogénéité d'usages de la rue: on y rencontre des enfants en fugue, des irréductibles de la rue, des enfants mendiants, prostitués, des enfants qui appartiennent à l'économie informelle…

La rue est socialement vécue par les enfants comme une école de survie, un lieu d'économie informelle, un lieu de solidarité, d'appartenance à un clan, un lieu d'identité forte, un espace culturel de créativité. Mais la rue est aussi un espace de danger, d'incorporation de la violence, d'abus sexuels entre pairs, d'exercice de violence policière, d'abus de drogue (des solvants essentiellement), de maladies comme la tuberculose et le sida.

A la longue, les enfants manifestent des troubles du comportement, une perte des repères; la délinquance s'accompagne d'une perte d'espoir en l'avenir, la violence est retournée contre soi-même.

Pour le Docteur Najat M'Jid, le rêve des politiques d'une "vie saine" a viré au cauchemar: la réalité est celle de ghettos, de no man's land, des rafles, de démission des politiques devant les coûts humains de l'inégalité.

L'éducateur de rue est un tuteur de développement, compétent pour accompagner des trajectoires en dents de scie, pour relier les situations vécues à leur contexte.

Mais la société a aussi une responsabilité écrasante: elle doit devenir incluante et plus équitable. Les familles doivent aussi être accompagnées; elles doivent prioritairement pouvoir retrouver un rôle économique. Les politiques de logement et d'éducation doivent changer fondamentalement.

Des réformes importantes doivent être imaginées et mises en œuvre et des politiques de proximité, instaurées.

L'Union européenne doit revoir sa politique en matière de flux migratoires et construire une vision holistique de la situation (par exemple à propos du travail saisonnier). Il conviendrait aussi de s'attaquer aux maffias plutôt qu'aux individus qui en sont les victimes.

Les politiques qui sont demandées envers la jeunesse sont des politiques d'inclusion, qui se donnent les moyens d'agir sur les causes structurelles, institutionnelles et culturelles qui précipitent les enfants dans la marginalité.

N. M'Jid - "Un courage politique" (0'55'')


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Monsieur Moussa Sow, Sénégal

M. Sow insiste d'abord sur le fait que la question des enfants de la rue ne relève en rien de la spontanéité: des facteurs relationnels (comme les familles maltraitantes) et structurels constituent des déterminants sur lesquels il faut agir.

Dans le grand marché de Dakar, il y a une poubelle, dont les enfants de la rue tirent subsistance. Cette poubelle a une haute valeur symbolique en tant que ligne de démarcation entre deux sociétés: l'une de la consommation à outrance (qui jette ses déchets dans la poubelle), l'autre, de la survie.

Pour la police, les enfants des rue sont des voleurs; pour des citoyens, ils sont assimilés à des déchets malodorants. Les travailleurs sociaux qui se situent sur la ligne de démarcation sont eux aussi marginalisés.

Monsieur Sow rappelle avec force que ces enfants constituent aussi notre société.

Il dégage ensuite quatre priorités.

  • Il est important pour les travailleurs de rue de s'occuper des familles des enfants, qui se sentent déshonorées par le choix de la rue opéré par leur enfant; dans la société sénégalaise, l'image de la famille prime le vécu de l'enfant, y compris dans les cas d'inceste.
  • Le travail dans la rue n'équivaut pas à un travail manufacturé. Du temps est nécessaire. Il faut assurer la perennité des actions, mais aussi éviter d'employer des logiques d'évaluation simplistes, importées sauvagement du monde de la production. Un enfant n'a pas de prix, mais un coût. Il convient d'envisager celui-ci dans toute sa dimension collective: M. Sow rappelle que la maîtrise du français dont il peut faire preuvre aujourd'hui même n'est pas le fait d'un programme isolé d'apprentissage, mais la résultante de toute une chaîne d'interventions publiques et privées. Il en va de même pour l'éducation informelle.
  • 71 % des enfants qui vivent dans la rue ont été confrontés à une conception de l'éducation qui trouve que le recours à la violence envers l'enfant est légitime ou qui n'a pas trouvé d'alternative à son exercice. M. Sow évoque par exemple le drame d'une mère qui frappait son enfant parce qu'elle était dépassée par la faim qu'il éprouvait et exprimait par des pleurs
  • Enfin, M. Sow demande la création d'un observatoire qui surveille l'application de la Convention internationale des droits de l'enfant et plaide pour qu'on remplace les sanctions économiques par un accompagnement.

Monsieur Roberto Dos Santos, San Martinho, Brésil

100 millions d'enfants dans le monde souffrent d'exclusion sociale, de violence, d'oubli, de négligence de l'Etat. C'est un non-vivre. Il y a 15 ans, au Brésil, on disait que la rue était un espace privilégié, qu'il permettait l'échange, les rencontres, tout ce que la famille ne permettait pas. Mais elle est devenue la seule école de la vie pour fuir la violence familiale et le narco-trafic. Elle est devenue un espace de non-reconnaissance et de non-citoyenneté. Les enfants vivent en condition de risque permanent.

Monsieur dos Santos plaide pour que l'on traite les enfants avec respect, non de façon charitable comme des victimes ni de façon répressive comme des délinquants, mais comme des êtres humains.

Le plan national brésilien, se basant sur la déclaration des Nations Unies, va essayer de garantir des droits fondamentaux à tous. 75% de la population est pauvre et 25% de ses membres vit sous le seuil de pauvreté critique. Il faut une politique pour investir dans le social, la santé, le logement et une réduction de la dette extérieure.

Monsieur George Roman, Salvati copiii, Roumanie

En Roumanie, les problèmes se cumulent. La Convention y a été ratifiée, mais les conditions ne se sont pas améliorées. 45% des familles vivent sous le seuil de pauvreté. Les problèmes socio-économiques ont un impact important.

Les familles ne sont pas un groupe social qui fait lobby. Tout le monde sait ce qui s'est passé dans les orphelinats dans les années 90, et il reste difficile de travailler avec eux. Les enfants de la rue sont le résultat ultime de la pression socio-économique.

Il y a trois catégories d'enfants: ceux qui vivent en permanence dans la rue, qui y sont abandonnés; ceux qui y travaillent; et depuis quelques années, une nouvelle catégorie, celle des familles avec enfants dans la rue. Tous ces enfants se réfugient dans des parcs, des gares, des squats, des égouts. Ils vivent de petits travaux, de délits, de secours des services sociaux. Ils sniffent de la colle ou prennent de l'héroïne.

Après la révolution, 35 à 40 % des enfants s'étaient enfuis des institutions; c'était le chaos. C'est moins présent, mais beaucoup viennent encore des institutions. Les autres ont été poussés à la rue par pauvreté: perte de logement, arrêt de l'école par manque de moyens des parents. Selon la législation, à 18 ans, il faut quitter les institutions. Ces jeunes se retrouvent laissés à eux-mêmes, ils se regroupent . Au niveau national, on estime qu'il y a environ 10.000 enfants dans la rue.

Depuis 1993, des programmes sociaux se développent: abris, centres de jours, centres de résidence, maternités. Mais cela reste insuffisant. Parallèlement, un programme de soutien aux familles est développé (conseils financiers, matériel éducatif, etc.). Début 2002, une loi a été promulguée pour que chacun reçoive le minimum vital garanti, mais l'administration ne suit pas.

G. Roman - "Enfants victimes" (0'28'')


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G. Roman - "La chance d'une vie normale" (0'26'')


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Madame Matilde Sirgado, Instituto de Apoyo a Criança, Portugal.

C'est en 1989 que naît le travail de rue à Lisbonne, avec l'aval du 13 ème programme européen de lutte contre la pauvreté: le nombre des enfants de la rue, en effet, est tel qu'il ne peut être dénié.

Le travail de rue touche trois domaines:

  • la récupération des enfants dans la rue, surtout ceux qui sont confrontés à l'exploitation économique;
  • le développement chez eux de compétences d'autonomie;
  • la revalorisation des enfants, via une approche préventive, des interventions dans les familles et des actions sur les communautés.

Madame Sirgado va développer essentiellement le premier domaine d'intervention.

L'objectif est bien d'œuvrer à une réintégration de la société par le biais d'une relation personnelle, informelle, capable d'ouvrir la voie à la découverte par les enfants de nouvelles valeurs.

Il est clair que la situation des enfants des rues est produite par la globalisation de la société.

3 grands groupes d'enfants sont concernés.

En premier lieu, nous trouvons les enfants qui passent la plupart de leur temps dans la rue, mais sont encore en relation avec leur famille; en second lieu, nous avons des enfants qui se considèrent eux-mêmes comme délinquants et qui ont rompu avec leur famille; enfin, nous avons le groupe des enfants exploités économiquement par des réseaux organisés.

La pauvreté n'est pas le seul facteur déclenchant; la pauvreté des valeurs joue aussi un grand rôle, et elle est transversale à toutes les classes sociales.

Les actions développées pour tenter d'apporter des réponses sont les suivantes:

  • des tournées de quartier, diurnes et nocturnes;
  • des animations;
  • l'existence d'un lieu fixe servant de lieu de rendez-vous et de centre de formation;
  • ke recours à une unité mobile ludico-pédagogique, qui sert à captiver l'attention des enfants (des activités de magie, de musique, des jeux informatiques sont proposés).

En conclusion, Madame Sirgado insiste sur l'importance d'un travail intégré sur les valeurs et les compétences, qui nécessite une articulation forte entre théorie et pratique.

Madame Emilia Servinskaya, Russie

Moscou est en apparence une ville moderne, luxueuse. Mais si on se rend dans les gares, le soir, on y trouve des enfants. Depuis 10 ans, les problèmes ont augmenté. Dans les familles, on observe une destruction des principes moraux, une perte de repères. Les parents ne donnent plus leurs droits aux enfants. Les mères seules n'éduquent plus. Beaucoup d'enfants se retrouvent à l'orphelinat. Aujourd'hui, environ 10% des enfants de la rue n'ont plus de parents. Une législation existe depuis une dizaine d'années. En 1992, une protection sociale des orphelins et enfants abandonnés a été décidée. En 1996, une autre législation a été créée pour aider les familles. Mais bien que la législation existe, elle n'est pas toujours appliquée. Depuis 2001, un décret spécial a décidé que chaque district de Moscou aurait son propre centre d'accueil. Peu à peu, les ONG ont leur mot à dire.

O. Zrihen - "Une réponse politique" (1'00'')


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M. Roccard - "Une approche nouvelle" (0'25'')


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E. de Boevé - "Un travail généraliste et éducationnel" (0'27'')


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E. de Boevé - "Une image plus positive de la rue" (0'59'')


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M. Bouwman


E. de Boevé


R. Dos Santos


N. M'Jid


M. Panagiotis



G. Roman



E. Servinskaya



M. Sirgado



S. Toussaint


M. Van Putten


O. Zrihen