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1. Introduction
"Mais au fond, qui êtes-vous et que faites-vous réellement?" Par sa récurrence, voilà bien le type de question qui finit par agacer. Il ne viendrait à l'idée de personne de la poser à un boulanger ou à un boucher.
Ceci dit, reconnaissons que si cette question se pose, c'est qu'il existe un manque évident de clarté, inhérent à la profession. Aucun travailleur de rue n'échappe au défi de l'extériorisation de la communication et à l'exercice difficile qui consiste à répondre à cette lancinante question. Si le travail social de rue détient aujourd'hui un capital important d'expérience professionnelle et symbolique en matière d'action humanitaire, il ne reste pas moins méconnu dans ces particularités et dans son essence. De plus, il partage généralement cette méconnaissance avec son public. L'incompréhension et les malentendus deviennent dès lors un fardeau quotidien.
Pourtant, du travail social de rue, on en parle
Les différentes rencontres locales et internationales qui abordent la question du travail social de rue font ressortir certains constats ayant trait au métier des travailleurs sociaux de rue et aux publics rencontrés, à leurs souffrances et à leurs conditions de vie. Plus particulièrement, c'est dans le prolongement du forum international des acteurs clés de l'enfance et du travail de rue, "Paroles de rue", organisé par Dynamo international en novembre 2002 à Bruxelles, qu'il fut établi la nécessité de doter les travailleurs de rue d'outils de communication plus adéquats.Pour rappel, l'événement a réuni plus de 750 personnes venant de plus de 50 pays différents. Le forum "Paroles de rue" a obtenu le patronage de l'UNESCO, le soutien de nombreuses personnalités politiques et le parrainage de l'artiste sénégalais Youssou N'Dour.
A cette occasion, alternant conférences, travail en atelier et productions artistiques, les jeunes en situation difficile et les travailleurs de rue ont formulé un certain nombre de recommandations à l'attention des responsables politiques locaux et internationaux. Les actes et recommandations du forum sont accessibles sur papier et sur le site www.travail-de-rue.net. Au-delà de l'échange de pratiques et de la promotion du travail social de rue, le but du forum était double. En premier lieu, il s'agissait, pour Dynamo international, de recueillir le point de vue des personnes directement concernées. En deuxième lieu, de lutter contre le fossé grandissant entre l'opinion publique d'une part et, de l'autre, les enfants de la rue et les travailleurs sociaux ; et cela aussi bien au Nord qu'au Sud, où le rejet social de ces personnes et de leur cause est quasi permanent.
Un réseau international de travail de rue
Ce forum ne fut pas qu'un forum parmi d'autres. Il fut aussi le fruit de plusieurs années de réflexion et d'actions rendues possibles par le biais d'une recherche-action, coordonnée par Dynamo international, réseau de solidarité internationale réunissant plusieurs centaines de travailleurs sociaux de rue de par le monde et qui se réunissent en ateliers dans plus de 20 pays. Après le forum, le réseau Dynamo international a maintenu la mobilisation de ses membres pour la poursuite de la réflexion et pour la rédaction de ce guide.
Au-delà de son objectif de sensibilisation de l'opinion publique y compris du monde politique, une telle mise en réseau poursuit également un objectif de formation par l'échange de pratiques au niveau international. C'est ainsi que, pour rédiger ce guide, les ateliers de huit pays se sont plus particulièrement mobilisés: la Belgique, la France métropolitaine et d'Outre-mer (la Martinique), l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, le Sénégal et le Népal. D'autres travailleurs de rue de pays membres du réseau, tels que le Vietnam, le Québec, Haïti, le Mexique, les Philippines, y ont également apporté leurs contributions.
Le guide, un processus collectif
A travers cette mobilisation, l'enjeu consiste à réaliser un guide de formation pour les travailleurs de rue sur le thème de la communication vers les médias et l'opinion publique.
Plusieurs étapes nécessaires furent établies dans chaque atelier participant:
1er temps: Les travailleurs de rue des différents pays concernés ont dressé un état des lieux en matière d'information et de communication de leurs associations respectives.
2e temps: Un questionnaire fut soumis à des journalistes, des mandataires politiques et à des jeunes en contact avec les travailleurs de rue.
3e temps: Chaque atelier a réalisé une action de communication afin de tester leur pratique en ce domaine et de puiser dans la réalité concrète les enseignements nécessaires à la rédaction du guide. Ce fut particulièrement le cas en Martinique (février 2004) et à Lille (France - juin 2004) où deux colloques internationaux ont rassemblé plusieurs centaines de participants.
4e temps: Rédaction et lecture collective du guide.
5e temps: Diffusion et promotion du guide.
L'Europe dans la rue
Ce processus fut rendu possible grâce au financement de la Direction Générale de la Justice et des Affaires Intérieures de la Commission européenne, dans le cadre du programme DAPHNE 2003. Et si la dimension européenne est ici prédominante par le nombre de pays européens participants, relevons d'emblée l'implication de pays non européens tels que le Sénégal et le Népal, qui n'ont pas hésité à apporter leur contribution à ce projet dans un souci de solidarité et de cohérence internationales.
Dans cet ordre d'idées, lors du forum "Paroles de rue", Jean Blairon relevait: "Il me semble que nous avons pu identifier que ce mécanisme de production de la situation sociale 'Enfant de la rue', au-delà de particularités criantes et cruelles, est bien le même au Nord qu'au Sud. Ce qui est vécu par les enfants de la rue ou dans la rue au Nord et au Sud constitue bien les deux faces d'une même médaille: il y a bien unité de la problématique, par delà des différences parfois énormes." (1) Lutter efficacement contre ce fléau international au travers d'un même métier est sans aucun doute la motivation première et le ciment le plus fort pour les travailleurs de rue agissant dans des environnements pourtant éloignés les uns des autres et avec des publics très différents, pas uniquement jeunes d'ailleurs.
Un outil pratique
Ce guide rédigé par des travailleurs de rue n'est pas conçu pour les seuls travailleurs de rue. De nombreux autres acteurs tels que les enseignants, les étudiants et autres travailleurs sociaux pourront s'en inspirer pour leurs actions de communication vers les médias. Mais une mise en garde s'impose néanmoins sur les limites d'un tel exercice. En effet, ce guide est avant tout un outil pratique. Il n'a pas vocation à traiter exhaustivement et scientifiquement de la communication. De même, il ne traite pas de manière prédominante du travail de lobby auprès des autorités publiques, car le lobbying constitue un métier particulier même si des rapprochements sont possibles entre lui et la communication. Le guide ne traite pas non plus de manière détaillée de la communication de travailleur de rue avec son public et son environnement quotidien, sujet plus vaste qui pourrait faire l'objet d'une publication ultérieure sur la méthodologie du travail social de rue. De nombreux ouvrages traitent bien de la communication en général: ils pourront le cas échéant apporter des compléments pertinents à toutes les personnes désireuses d'en savoir plus. Le guide est d'abord le résultat d'expériences dans un secteur aux réalités bien particulières.
Nonobstant, celui qui souhaite s'améliorer en cette matière aura intérêt à se fier également à l'enseignement des faits car les "essais - erreurs - rectifications" de la pratique quotidienne restent encore une excellente source d'enrichissement.
(1) In "Actes du forum international des acteurs clés de l’enfance et du travail de rue" - Novembre 2002. |