4. Les médias aujourd'hui:
immédiats et sensationnels

Les médias n'ont pas toujours bonne presse auprès des travailleurs de rue. A priori, les médias d'aujourd'hui semblent plus intéressés par le sensationnel et l'immédiat que par les actions de fond, souvent menées sur le long terme, comme le travail de rue.

Les médias sont de plus en plus commerciaux. Les journalistes ont de moins en moins de temps pour investiguer et préparer leurs articles ou leurs émissions car la concurrence est rude. L'urgence devient la règle.

Les craintes du travailleur de rue d'être manipulé sont donc fondées. Mais il est possible de contourner, au moins partiellement, le problème.

Tout d'abord, évitez les médias s'intéressant surtout aux faits divers, de préférence bien sanglants, aux ragots de quartiers, aux scandales de toutes sortes qui tentent de flatter nos instincts les plus bas. De ceux-là, il faut se méfier comme de la peste.

Mais il existe beaucoup d'autres médias plus "sérieux" qui cherchent à comprendre, à informer leur public et qui peuvent consacrer des reportages plus approfondis sur un thème comme le travail de rue. Il faut les identifier, tout comme les journalistes de ces médias. Tel hebdomadaire ouvre régulièrement ses colonnes à des thèmes sociaux, tel journaliste a déjà couvert un sujet sur les enfants des rues...

Il s'agira d'abord de passer un certain temps à repérer vos cibles potentielles dans votre environnement local. Quels quotidiens, quelles émissions de télévision, de radio, etc.?

Mais il faudra pourtant tenir compte d'au moins un impératif : les journalistes ont besoin d'une accroche, d'une histoire à raconter, d'un événement à relater qui sera le déclencheur d'un article ou d'une émission.

Convaincre un journaliste de consacrer un article sur le travail de rue sera plus facile si vous lui annoncez, par exemple, que le parc du centre-ville sera transformé, pour un week-end, en une immense bibliothèque publique en plein air pour les enfants et qu'il aura l'occasion d'y rencontrer des jeunes et des travailleurs de rue. Même si un journaliste trouve votre action intéressante, il aura du mal à lui consacrer un reportage si vous ne lui donnez pas des informations intéressantes pour son public, des choses à filmer, des personnes à interviewer.

Distinguer les médias

"Les médias" appellent forcément une distinction : quelle analogie possible entre la chaîne populaire M6 et Lien Social ? Entre Paris-Match et la revue engagée Politis ? Entre Les Dernières nouvelles d'Alsace et France Inter ? Entre le journal satirique Charlie Hebdo et Travail social actualités ? Etc.

Comment faire comprendre aux grands médias que certains sujets ne peuvent être traités comme ils le font ? Comment expliquer aux dirigeants de chaînes de télé que A. Kechiche, le réalisateur du film social sur la vie des quartiers L'Esquive, a failli ne pas pouvoir tourner dans le quartier prévu, tellement la population avait une image exécrable des caméras, et à quel point et avec quelle constance les habitants s'étaient sentis trahis par les journalistes ?

Même si tous les médias ne sont pas à mettre dans le même panier (de crabes), nous avons à combattre frontalement le fait que, bien trop souvent, ils se contentent de l'exhibition du spectaculaire, de la dramatisation, de la recherche d'un coupable et d'une décomplexification à l'extrême.

Je pense en conséquence que les travailleurs sociaux doivent savoir refuser certaines médiatisations, bien plus destructrices que bénéfiques. Rappeler encore et encore ce paramètre de l'action à long terme... Cependant et malgré tout, le travail social, méconnu et menacé comme il est, doit d'évidence , se tourner plus résolument vers la médiatisation de son action... Pas évident...

Joël Plantet — Lien social, France

Se méfier des médias?

Une certaine méfiance est due aux stéréotypes portés envers les médias (médias tous pourris, médias bourgeois, etc.) J'ai travaillé six mois pour que l'on m'ouvre la porte dans certaines associations oeuvrant avec les sans-abris, mais je comprends aussi leur réticence, car certains médias de masses sont passés avant moi et ont causé des ravages par leur côté sensationnaliste.

Mais, de grâce, ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain. Curieusement, cette attitude négative vis-à-vis des journalistes vient davantage de travailleurs de rue que des jeunes.

Pierre Schonbrodt, Télé Bruxelles, Belgique

Montrer les réussites aussi

La presse pourrait venir dans les quartiers pour filmer ou y rédiger des exemples de réussites, de choses qui marchent. Il faut leur montrer qu'ils peuvent filmer autre chose que des voitures qui brûlent!

Vincent Landat — ex TR et journaliste à Social annonces, France

Les travailleurs de rue ont peur de nous

Les éducateurs ont peur des journalistes parce qu'ils pensent qu'ils vont déformer l'information ou ne retenir que le sensationnel et laisser de côté ce qui est important pour le travailleur de rue. Mais nous avons réussi à créer un rapport de confiance entre les associations sociales et nous, ce qui fait que souvent on se parle, ils nous expliquent leurs situations, les problèmes auxquels ils sont confrontés et nous faisons de notre mieux pour les relayer en vue de pousser les autorités gouvernementales à prendre des mesures.

Issa Dior Sall, chef de station de SUD FM Mbour, Sénégal

Nous sommes dans notre travail confrontés à des personnes qui vivent des situations de grande précarité sociale (prostitution, toxicomanie, ...). Ces sujets hors du commun attirent parfois les journalistes, avides de sujets sensationnels à publier ... Il est dès lors nécessaire parfois de demander un droit de regard sur l'émission avant sa publication. Cela permet souvent d'éviter certaines déformations ou amplifications destinées à faire vendre ...

Michèle Villain, Projet ICAR, Liège, Belgique.