Distinguer les médias
"Les médias" appellent forcément une distinction : quelle analogie possible entre la chaîne populaire M6 et Lien Social ? Entre Paris-Match et la revue engagée Politis ? Entre Les Dernières nouvelles d'Alsace et France Inter ? Entre le journal satirique Charlie Hebdo et Travail social actualités ? Etc.
Comment faire comprendre aux grands médias que certains sujets ne peuvent être traités comme ils le font ? Comment expliquer aux dirigeants de chaînes de télé que A. Kechiche, le réalisateur du film social sur la vie des quartiers L'Esquive, a failli ne pas pouvoir tourner dans le quartier prévu, tellement la population avait une image exécrable des caméras, et à quel point et avec quelle constance les habitants s'étaient sentis trahis par les journalistes ?
Même si tous les médias ne sont pas à mettre dans le même panier (de crabes), nous avons à combattre frontalement le fait que, bien trop souvent, ils se contentent de l'exhibition du spectaculaire, de la dramatisation, de la recherche d'un coupable et d'une décomplexification à l'extrême.
Je pense en conséquence que les travailleurs sociaux doivent savoir refuser certaines médiatisations, bien plus destructrices que bénéfiques. Rappeler encore et encore ce paramètre de l'action à long terme... Cependant et malgré tout, le travail social, méconnu et menacé comme il est, doit d'évidence , se tourner plus résolument vers la médiatisation de son action... Pas évident...
Joël Plantet Lien social, France
Se méfier des médias?
Une certaine méfiance est due aux stéréotypes portés envers les médias (médias tous pourris, médias bourgeois, etc.) J'ai travaillé six mois pour que l'on m'ouvre la porte dans certaines associations oeuvrant avec les sans-abris, mais je comprends aussi leur réticence, car certains médias de masses sont passés avant moi et ont causé des ravages par leur côté sensationnaliste.
Mais, de grâce, ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain. Curieusement, cette attitude négative vis-à-vis des journalistes vient davantage de travailleurs de rue que des jeunes.
Pierre Schonbrodt, Télé Bruxelles, Belgique
Montrer les réussites aussi
La presse pourrait venir dans les quartiers pour filmer ou y rédiger des exemples de réussites, de choses qui marchent. Il faut leur montrer qu'ils peuvent filmer autre chose que des voitures qui brûlent!
Vincent Landat ex TR et journaliste à Social annonces, France
Les travailleurs de rue ont peur de nous
Les éducateurs ont peur des journalistes parce qu'ils pensent qu'ils vont déformer l'information ou ne retenir que le sensationnel et laisser de côté ce qui est important pour le travailleur de rue. Mais nous avons réussi à créer un rapport de confiance entre les associations sociales et nous, ce qui fait que souvent on se parle, ils nous expliquent leurs situations, les problèmes auxquels ils sont confrontés et nous faisons de notre mieux pour les relayer en vue de pousser les autorités gouvernementales à prendre des mesures.
Issa Dior Sall, chef de station de SUD FM Mbour, Sénégal
Nous sommes dans notre travail confrontés à des personnes qui vivent des situations de grande précarité sociale (prostitution, toxicomanie, ...). Ces sujets hors du commun attirent parfois les journalistes, avides de sujets sensationnels à publier ... Il est dès lors nécessaire parfois de demander un droit de regard sur l'émission avant sa publication. Cela permet souvent d'éviter certaines déformations ou amplifications destinées à faire vendre ...
Michèle Villain, Projet ICAR, Liège, Belgique.
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