5. Le métier de journaliste

Si vous devez contacter des journalistes, il est important de connaître leur métier et leur manière de voir les choses. Pour veiller à ce qu'ils donnent un écho à votre information, il convient de comprendre leurs réalités et de tenir compte de leurs besoins.

Voici donc quelques notions succinctes de journalisme.

5.1 Les questions phares:
qui, quoi, où, quand, pourquoi, comment, combien?

Tous les cours sur le journalisme commence par cette référence aux sept questions fondamentales qui font qu'une information sera complète. En anglais c'est plus facile à retenir car les cinq premières questions commencent par des W: who, what, where,when, why.

Un journaliste s'informera donc en principe jusqu'à ce qu'il puisse avoir réponse à toutes ces questions.

Si vous voulez communiquer des informations à un journaliste, il faudra donc que vous vous posiez les mêmes questions avant de le rencontrer. Une sorte de répétition avant l'entrée sur scène. Vous constaterez alors peut-être qu'il vous manque des informations importantes (Quand a débuté le projet? Combien de jeunes y ont participé? etc.)

Les réponses ne peuvent être vagues non plus. Quelques exemples:

Trop vague Soyons précis

Il y avait beaucoup de monde

Nous avons réuni 500 personnes

Nous avons organisé diverses activités pour les jeunes

Nous avons organisé un concert de rap, une démonstration de karaté, un match de football jeunes-animateurs

Il y a longtemps

Il y a deux ans

Nous avons besoin d'argent pour financer le local

Nous avons besoin de 3000 euros pour aménager le local.

Le projet a bien avancé

Le projet est déjà à moitié réalisé, il nous reste à repeindre les murs et les châssis


Journaliste social... le parent pauvre ?

Si ce guide a pour ambition de motiver les travailleurs sociaux de rue à communiquer vers les médias, il faut toutefois garder à l'esprit le fait que le social n'a pas toujours… bonne presse au sein même du monde de l'information. Considéré peu vendable par les commerciaux, il ne fait pas (ou rarement) partie des sujets dits "accrocheurs" aux yeux des journalistes eux-mêmes.

Le social n'est de fait pas le sujet de prédilection du journaliste ambitieux. Vous pourrez sans doute rencontrer des journalistes passionnés par le social, il y en a, mais ceux-ci, souvent marginalisés au sein de leur propre rédaction, doivent véritablement se battre pour faire passer leurs sujets. Surtout, vous rencontrerez des journalistes qui couvrent le domaine en attendant mieux. Il est de fait (malheureusement) plus prestigieux dans la profession, comme dans le public d'ailleurs, d'être celui qui côtoie les ministres, les grands noms de l'entreprise, les vedettes du monde du spectacle ou les sportifs célèbres que celui qui passe pour l'ami des travailleurs de rue. Il est plus gratifiant de faire la Une sur la guerre en Irak que de relater en page 12 l'ouverture d'une nouvelle maison de jeunes en banlieue.

Vous risquez donc d'être confrontés à une rotation rapide de vos interlocuteurs, ce qui ne facilitera pas la création et surtout la maintenance de votre réseau de contacts médias.

Ceci dit, remis au goût du jour par le courant altermondialiste, les problèmes sociaux et plus particulièrement le thème de la rue rencontrent un regain d'intérêt auprès des médias un peu partout dans le monde. Une vague porteuse d'espoir quand même...

5.2 La loi de proximité

La loi du mort kilométrique

C'est peut-être regrettable mais l'être humain est ainsi fait, il a ses faiblesses. Ce qui le touche de près l'intéresse plus que ce qui se passe loin de lui.

L'accident de voiture dans sa rue intéressera plus le citoyen qu'un accident à l'autre bout de la ville. Un incendie tuant cinq personnes aura plus d'impact sur lui s'il a lieu dans son quartier qu'un incendie tuant 50 personnes à l'autre bout du monde.

L'affectif

Cette loi géographique est aussi valable au niveau affectif: le citoyen se sentira plus concerné s'il connaît les personnes, si l'événement se rapporte à des thèmes qui lui sont chers, proches de lui.

Sachant cela, le journaliste analysera l'information au travers du filtre: est-ce que cela va intéresser mes lecteurs? N'est-ce pas trop éloigné de leurs intérêts?

Si vous parlez à un journaliste d'un journal local, il sera intéressé par la dynamique locale de votre projet. Un journaliste d'un média national s'intéressera sans doute plus à la thématique, à la valeur d'exemple, à l'impact politique global de l'événement. Un média européen sera plus attiré par la plus-value internationale de votre action.

5.3 Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne

Un train qui arrive à l'heure, ce n'est pas une nouvelle. On parlera plus facilement de ce qui ne va pas: accidents, attentats, émeutes, pannes, catastrophes naturelles, etc.

Dans cette optique, le travail social de rue intéressera les médias car il s'attaque à de réels problèmes de société. C'est une bonne nouvelle mais c'est aussi un piège car les médias risquent de négliger le message positif et optimiste du travail de rue pour ne s'attacher qu'à l'aspect sensationnel des problèmes qu'il entend combattre.

5.4 L'homme qui mord le chien

Un autre adage dit que "le chien qui mord un homme" ce n'est pas une nouvelle mais "l'homme qui mord un chien" en est une. Ce qui sort de l'ordinaire, du normal, intéresse les gens.

Les records en tout genre font partie de cette catégorie. De même que les informations surprenantes, inédites ou originales qui peuvent devenir un point d'accroche pour parler du travail social de rue.

5.5 L'inévitable quatuor de l'information

La prochaine fois que vous lisez un journal ou regardez les nouvelles à la télévision, observez bien qui sont les acteurs des interviews. Il est probable que vous y reconnaîtrez le quatuor suivant:

- le témoin ou la victime (d'un incendie, d'un attentat, d'un accident)
- le représentant de l'autorité publique (le ministre, le maire de la ville, …)
- l'expert du terrain (le pompier, le policier, le docteur…)
- et bien sûr (mais on ne le voit pas toujours) le journaliste qui se contente le plus souvent de donner la parole aux différents acteurs de l'événement.

En tant que travailleur social, vous remplirez le plus souvent le rôle de l'expert du terrain, celui qui expliquera le comportement, les problèmes, les espoirs des jeunes, des SDF, etc. Plus rarement, le rôle du témoin à qui on demande simplement de relater les faits.

5.6 Les sources du journaliste

Les sources d'information des journalistes sont très variées. Par nature, le journaliste est curieux. Il lit beaucoup, il est toujours à l'écoute, à l'affût.

Son inspiration et son information lui viendront de livres, de lettres d'information, de dossiers de presse, d'émissions de télévision, de reportages de concurrents (les journalistes se copient l'un l'autre parfois…) mais aussi, et c'est important pour vous, de contacts directs.

Le journaliste privilégie l'information directe via un autre être humain... Il préfère se renseigner en rencontrant des personnes du terrain qui déclencheront chez lui l'idée d'un reportage, d'un dossier, d'une interview.

Il n'est donc pas incongru de contacter directement un journaliste pour lui proposer un sujet. Cela ne signifie pas qu'il le retiendra. Mais si vous choisissez bien votre journaliste et lui proposez un sujet intéressant, tout est possible.

Et même s'il ne retient pas le sujet, vous aurez eu l'occasion de le rencontrer (au moins au téléphone). Par ailleurs, les journalistes tiennent scrupuleusement leur carnet d'adresses et si vous y êtes, il vous appellera peut-être un jour en tant qu'expert du terrain. Ce n'est donc pas perdu. Et rien ne vous empêche de revenir à la charge quelques temps plus tard avec un autre sujet. Le tout est de ne pas insister trop lourdement.

D'une interview à l'autre

Les interviews réalisées pour rédiger ce guide nous ont permis de rencontrer plusieurs journalistes sans urgence et en dehors de toute actualité. Quelques jours plus tard, l’un d’entre eux nous a contactés pour participer à une émission radio en direct, sur un thème bien précis qui touche à notre travail, à savoir le thème de la protection de la jeunesse, thème qui se discutait précisément au sein du gouvernement ces jours-là. Ce dont nous avions discuté précédemment a permis de baliser rapidement les propos de l’interview et d’aller plus vite à l’essentiel.

Edwin de Boevé, Dynamo International, Bruxelles

Suite au décès prématuré d’une personne suivie dans notre service, un reportage télévisé a été tourné. La méthodologie employée lors du tournage s’est négocié entre les travailleurs et les journalistes (d’abord venir sans caméra, prendre les premiers contacts, apprendre à connaître les jeunes,...). Dans les semaines suivant le reportage, l’asbl a obtenu son premier subside.

Michèle Villain, Projet ICAR, Liège, Belgique.

Un grain d'espoir au milieu de la guerre

De nombreux journalistes viennent souvent en République du Congo. Et s'ils s'intéressent à la guerre et aux coups d'Etat, ils ne sont pas insensibles "à ce qui tient encore debout". Un peu de positif, un grain d'espoir même dans un pays qui connaît une situation catastrophique.

Mon travail de guidance pour journalistes étrangers m'a fait rencontrer beaucoup d'entre eux. J'ai pu ainsi les informer et les tenir au courant régulièrement de ce qui se passait dans notre association.

Le principe est simple: les jeunes filles en difficulté qui le désirent rejoignent notre groupe et deviennent majorettes. Elles reçoivent un uniforme et peuvent être scolarisées.

Tout a commencé il y a dix ans grâce au soutien du directeur de Coca-cola Congo qui trouvait mon idée sympathique. Il a fourni des T-shirts aux premières majorettes en guise d'uniforme et un léger soutien financier.

Aujourd'hui, nous avons 425 majorettes et une école pour assurer leur éducation. Les différents groupes de majorettes animent des ouvertures de magasins, de matches de football, etc. Nous sommes payés pour cela et nous pouvons ainsi au moins assumer le prix des uniformes et le transport.
Les soutiens se sont bien élargis depuis et le rôle des médias qui nous ont suivis depuis le début a été déterminant pour mobiliser les ressources à l'étranger. Un film sur les 10 ans de "Multicarte" (notre association) vient d'être produit.

Notre impact est tel que l'initiative est actuellement reprise dans plusieurs autres Etats africains.

Bernadette Moukendy, directrice de Multicarte,
Kinshasa, République Démocratique du Congo.

5.7 Attentes — Réponses en bref

Les attentes du journaliste face à un travailleur de rue ou un attaché de presse ou tout autre personne voulant transmettre de l'information ne doivent pas conditionner et dénaturer les comportements et les discours.

Communiquer ne doit pas se résumer à un exercice de séduction à outrance. S'il est des attentes non rencontrées, tant pis et/ou tant mieux.

Dans le tableau qui suit, vous retrouverez un bref aperçu des dites attentes et des réponses que tente d'apporter un attaché de presse.

RELATION

JOURNALISTES

ATTACHE de PRESSE

Mettre l'actualité en perspective

Promouvoir l'information

Avoir une bonne histoire

Fabriquer des citations, créer des illustrations.

Mettre en lien

Trouver des sources

Personnaliser son info

Favoriser le contact

LE TEMPS 

10 attentes d'un journaliste

- Trouver rapidement un angle.
- Pouvoir travailler rapidement
- Trouver des citations fortes
- Mettre l'actualité en perspective
- Recevoir de bonnes sources
- Fournir des données électroniques
- Répondre rapidement aux appels téléphoniques
- Ne pas se déplacer pour rien
- Recevoir des informations personnalisées
- Recevoir des illustrations

10 réponses d'un attaché de presse

- Ne jamais le décevoir
- Ne jamais lui mentir
- Ne pas avoir peur
- Ne pas être naïf
- S'adapter aux contraintes
- Respecter son travail
- Bien connaître ses sujets
- Donner avant de recevoir
- Ne jamais ouvrir sa cuisine
- Se mettre à sa place

Depuis la réunification, le taux de chômage est particulièrement haut dans la partie Est de l'Allemagne. Le chômage touche un nombre important de jeunes, ce qui engendre de gros problèmes de violence, de racisme et d'extrémisme politique. En tant que journaliste, nous étions donc préoccupés.

Et plusieurs d'entre nous ont réalisé des reportages sur le problème.

Pour ma part, j'avais contacté des éducateurs de rue travaillant avec les hooligans, ce qui m'a permis de démontrer dans l'émission "Plein cadre" que des solutions existent à travers un travail éducatif de fond qui est indispensable et qui est d'ailleurs soutenu en Allemagne.

Sabine Rau, Journaliste à la WDR — télévision allemande.