Dans l'urgence, et plus généralement dans le cadre strict de l'actualité, l'information à la radio se réduit souvent à une simple interview, courte, généralement " remontée " et donc partielle par rapport au message que vous aviez envie de faire passer.
Là où la presse écrite vous ouvre une, deux ou trois colonnes, la radio vous limite, sauf dans une version reportage, à un "son" d'une minute qui correspond à peine à deux paragraphes écrits...
La manière de communiquer via un canal audio-visuel varie donc sensiblement de celle que permet la presse écrite. Et elle dépendra aussi du temps que votre interlocuteur est prêt à consacrer à cette information.
1) Vous êtes contacté dans le cadre d'une actualité.
Il s'agit ici de répondre à une demande précise d'un journaliste qui souhaite votre éclairage sur une actualité "chaude", ou votre réaction par rapport à un événement qui s'est produit dans votre zone d'activité.
Au mieux, il vous propose une rencontre sur votre lieu de travail ou au studio d'enregistrement ; au pire, il se contente d'une réaction enregistrée par téléphone : le portable a considérablement modifié les contacts entre la presse radiophonique et ses personnes-ressource. Bien que la qualité de la transmission téléphonique puisse être fort variable, il s'agit d'une solution de rapidité et (parfois) de facilité de plus en plus dans l'air du temps !
Mais quel que soit le mode d'enregistrement de vos réponses, voici quelques règles de base qui vous éviteront une trop grande déception à l'écoute de votre interview :
- sens de la synthèse: convenez avec le journaliste du temps dont vous disposez, cernez avec lui le champ de l'interview, vous réduirez les risques d'un remontage en "patchwork" qui n'aurait plus grand chose à voir avec la réflexion que vous souhaitiez faire passer.
- sens de la formule: la langue est une arme redoutable en radio ; une formule-choc, une image au sens figuré frappe l'auditeur davantage qu'un long discours.
- clarté du message: le son radio est fugace. Là où le lecteur peut relire un paragraphe complexe, l'auditeur n'a droit qu'à une écoute. S'il ne comprend pas, il décroche...
- n'hésitez pas, si votre interview s'est prolongée, de convenir avec le journaliste de l'extrait qui vous semble le plus éclairant par rapport au sujet ; ne craignez pas de lui proposer de refaire un enregistrement si vous pensez avoir été confus, trop long, trop peu combatif... Les hommes politiques, représentants syndicaux ou chefs d'entreprise habitués à s'exprimer devant les média n'agissent pas autrement !
- évitez les lectures de communiqué, les textes préparés : le manque de naturel se perçoit très vite, et lasse tout aussi vite !
- ne vous croyez pas irremplaçable: l'important est que l'information passe. Selon la nature de l'information à donner, examinez qui, de l'éducateur, du responsable administratif, du jeune du quartier..., est le plus apte à répondre à la sollicitation de la presse dans le respect des règles précédentes .
2) Vous êtes l'initiateur d'une information que vous voulez diffuser.
Si les conseils ci-dessus restent évidemment valables, ils s'inscrivent aussi dans un cadre plus large, puisqu'il ne s'agit plus seulement de fournir une réponse à une demande, mais de provoquer l'intérêt des journalistes pour une information qu'ils n'ont pas sollicitée.
Dans ce contexte peuvent s'inscrire d'autres recommandations :
- Dans le choix des médias que vous contacterez, ne négligez pas les radios et télévisions locales, les bureaux régionaux des chaînes nationales. Outre leur proximité et donc une plus grande connaissance du terrain, les journalistes affectés à ces bureaux prêteront aussi davantage d'attention à la situation que vous voulez évoquer. Ils pourront dans bien des cas vous consacrer plus de temps que l'antenne nationale. Et leur audience n'est pas négligeable.
- Les médias audio-visuels demandent souvent une préséance sur la presse écrite : il faut que l'information arrive le plus vite possible sur antenne alors que les journaux bouclent le soir pour parution le lendemain. Sans leur accorder une exclusivité qui serait mal ressentie par la presse écrite, vous pouvez proposer aux radio et/ou aux télévisions de les recevoir pour une conférence de presse avant l'heure fixée...ce qui leur permettra de ne pas faire la file après la présentation commune.
- Comme il a été rappelé dans les chapitres précédents, la presse ne sait pas tout. Le spécialiste, c'est vous ! Vous connaissez le quartier, les jeunes, les habitants, l'environnement socio-économique, la nature des relations sociales...Faites preuve d'imagination et de créativité lorsque vous sollicitez les médias, en particulier audio-visuels, pour qui le son et l'image constituent des valeurs ajoutées dans un reportage d'actualité, et plus encore dans un magazine.
- Et puisque l'on évoque le format "magazine", restons-y un moment : qu'il fasse 3 ou 26 minutes, il dépasse ce que l'on décrit dans le jargon du métier comme les "hot news". Tout comme le reportage dans la presse écrite, il permet d'aller plus loin dans le développement d'un sujet d'actualité. En radio, le reportage implique des sons et des interlocuteurs différents. Il crée une ambiance, dans laquelle l'auditeur s'installe pour suivre une histoire vécue.
Dans le cadre de votre métier, ces histoires font pleinement partie de la vie sociale du moment, avec ses petites ou grandes incompréhensions: cohabitation, intégration, émigration, racisme, délinquance...
Vous avez là un rôle essentiel à jouer vis-à-vis de la presse : votre expérience du terrain, votre fréquentation quotidienne avec les jeunes vous permettront de stimuler des reportages qui peuvent modifier les images caricaturales ou les idées reçues et de remettre les événements en perspective. Cela n'est pas à négliger !
Edwin de Boevé, Dynamo International, Bruxelles
7.3 TV : de l'image.... et du son! (8)
Grosso modo, les conseils concernant vos relations avec la presse radiophonique restent valables au sujet de la télévision : les échéances prévues pour les événements d'actualité sont plus rapides que celles de la presse écrite, le temps réservé aux questions à l'antenne est tout aussi court.
Les illustrations recherchées par le journaliste seront limitées: ce qui l'intéresse d'abord, c'est un interlocuteur. Mais, contrairement à la radio, le téléphone portable ne lui sera pas utile...
Dans le traitement des questions d'actualité, le "pouvoir de l'image" n'est pas l'élément dominant: au contraire même, un trop grand souci laissé à l'illustration d'un commentaire ou d'une interview risque de perturber la compréhension générale, parce que l'esprit du téléspectateur a du mal à se fixer simultanément sur ce qu'il voit et ce qu'il entend.
Malgré cela, il est rare qu'une interview soit diffusée intégralement en "face caméra", sans être recouverte à un moment ou l'autre par des images. Ce procédé est aussi rendu nécessaire parce que ces images, qualifiées de "plans de coupe", permettent de procéder à un remontage sonore de l'interview sans que la tête de la personne interviewée ne saute désagréablement...
Il n'empêche, si vous êtes amené à répondre à des questions devant une caméra, ces quelques conseils vous seront sans doute utiles:
- essayez de fixer le regard de votre interlocuteur qui est aussi, théoriquement, celui du spectateur ; ne baladez pas votre propre regard de bas en haut ou de gauche à droite, le résultat sur un petit écran peut être catastrophique.
- soyez relax, mais pas trop ! Comme pour le regard, évitez de bouger d'un pied sur l'autre, de changer de position des jambes, des bras
- évitez de faire allusion à un propos évoqué avant que la caméra ne tourne ("... comme je vous l'ai dit tout à l'heure..."
- une idée par phrase: les phrases trop longues, où les idées se bousculent, avec des retours en arrière, ou mettant en cause des personnes extérieures au sujet, passent mal la rampe en télévision.
- proposez aux journalistes un endroit significatif pour réaliser l'interview, rien n'est plus triste qu'une salle de conférence de presse ou d'un colloque... Le cas échéant, ils y trouveront de quoi faire des images supplémentaires qui pourront servir en cas de nécessité de plans de coupe ou d'illustrations pour le commentaire, mais avec l'avantage de maintenir une unité de lieu. Cela dit, ce lieu ne peut pas être bruyant, au risque de provoquer des différences sonores désagréables au moment du montage de vos réponses.
... Et si l'il de la caméra vous intimide, sachez que vous n'avez pas le monopole du trac.
L'interview à la télévision reste un exercice difficile, l'image ne pardonne pas le manque de naturel, et nombreux sont les journalistes qui éprouvent la même montée d'adrénaline au moment de passer sur l'écran.
Soyez donc le plus possible vous-même, que ce soit sur les lieux de votre activité ou dans un studio.
Vous le serez d'autant plus que vous êtes dans "votre" élément: si la presse fait appel à vous, c'est à cause de votre statut "d'expert", de votre connaissance du terrain, de votre capacité à témoigner d'une situation.
Et si vous avez le sentiment que l'on essaie de vous faire parler d'un sujet que vous ne maîtrisez pas, ou de vous orienter vers une piste que vous ne partagez pas, stoppez les machines et mettez les choses au point avec votre intervieweur...
Quelques conseils pour une bonne interview
- Toujours restez calme lorsqu'on est interrogé, même s'il s'agit d'une mise au point ou un sujet agaçant.
- Dans le cadre d'un simple témoignage, racontez simplement les faits.
- Partez du principe que le journaliste et les auditeurs ne connaissent rien à votre réalité, restez donc clairs, pédagogiques, en utilisant les mots de la vie de tous les jours, évitez absolument les sigles et le jargon.
- Pour une interview de fond ou d'analyse, prenez le temps de bien préparer vos informations et votre discours. Anticipez les questions.
- Dans vos propos, n'hésitez pas à partir de votre expérience, soyez concret avant de dégager votre analyse.
- Lors d'une interview, n'oubliez pas que votre cible est le lecteur, l'auditeur ou le téléspectateur, pas le journaliste.
- Adaptez vos propos à la longueur du temps disponible. Tout se joue souvent dans les quelques premières minutes, partez donc de l'essentiel et développez ensuite.
- Préparez bien votre message avant l'interview sur un plan, par exemple, qui reprendrait clairement les mots clés du sujet.
- Parlez de manière concise, avec clarté, en utilisant des mots concrets, des phrases courtes et énoncées calmement.
- Si vous n'avez rien de particulier à communiquer, surtout abstenez-vous.
- Si vous êtes filmé, ne vous laissez pas impressionner par les lieux et l'équipement technique, restez concentré. Choisissez bien votre lieu, qui doit être aussi parlant que le discours.
Un entretien avec un journaliste sera d'autant plus intéressant que vous aurez eu le temps d'instaurer un climat de confiance par un ou des entretiens préalables, tout comme avec votre public. |
7.4 Internet : média en devenir
Le nouveau média Internet a ses spécificités propres :
- Un système de liens hypertextes (quand on clique sur un mot on ouvre une nouvelle fenêtre) qui complètent utilement l'information, mais qui incitent le lecteur à quitter le texte qu'il est en train de lire pour s'aventurer ailleurs. Va-t-il revenir?
- Une information en temps réel (on peut actualiser l'information à tout moment mais attention aux infos périmées qui restent sur le site)
- Une foule d'informations disponibles sur un même sujet identifiées par des moteurs de recherche de plus en plus performants (google, altavista, yahoo,...). Avec quelques mots clés dans n'importe quelle langue, ces moteurs de recherche réuniront pour vous les pages supposées les plus intéressantes (cela ne marche pas à tous les coups, mais avec un peu d'habitude et un peu de chance on tombe vite sur ce que l'on recherche).
En matière d'écriture il faudra dès lors être très accrocheur :
- écrire encore plus court.
- ne pas obliger l'internaute à faire défiler le texte sur plus de deux ou trois écrans. Au-delà, le risque est grand qu'il ne zappe.
- se dire que chaque page doit être autoportante : il faut plutôt adopter l'approche "dossier" comprenant divers textes indépendants traitant d'un aspect du sujet plutôt que de se lancer dans un long article. Inutile de vouloir créer une chute à votre article en bas du quatrième écran, le lecteur n'y arrivera probablement jamais.
- Intégrer le système de lien hypertexte au moment de la conception et de la structuration de l'information.
Pour le reste, les impératifs d'écriture sont les mêmes que pour les autres médias.
Avec l'amélioration incessante des capacités techniques, il faudra prévoir qu'Internet sera de plus en plus multi-médias et que l'intégration écrits-sons-images amène des changements majeurs dans la production des sites internet.
Ne pas oublier d'assurer la promotion de votre site. Placez votre adresse Internet partout où vous le pouvez : rapports, dépliants, affiches, e-mails. Car contrairement au courrier classique, c'est le lecteur qui doit faire l'effort d'aller sur votre site et non le courrier qui aboutit tout seul (merci facteur) dans sa boîte aux lettres.
(7) Chapitre rédigé par André Zaleski, journaliste RTBF, Belgique.