Titre : Les thématiques étudiées en réseau

- A.R.F. Bilan et réalisation au Québec, 1999-2000 -
(Production Québec)

Association des Travailleurs et Travailleuses de Rue au Quebec
Coordinateur: Jacques Pector
Adresse:
15 Av. Mont Royal Ouest - Bureau 200
Montreal QC H2TR2R9
Tel: 1 154 499 06 06
Fax: 1 514 499 18 19
Courriel: emploi@tsf.qc.ca


A-R-F Bilan et réalisation au québec (1999-2000)

par Jacques Pector  

1. Le déroulement de la première phase (1999-2000)  

Le projet d'A.R.F. s'est déroulé selon le calendrier prévu dans deux sites régionaux de l'A.T.T.RueQ : le régional Québec-Appalaches et le régional du Nord (Lanaudière, Laurentides, Outaouais), au rythme d'un séminaire d'une journée par mois dans chacun des sites. Malgré la lourdeur et le surplus de leurs tâches, la participation des travailleurs sociaux fut constante et régulière. Dans leur rapport au conseil d'administration de l'A.T.T.RueQ, les 2 sites régionaux évaluèrent ce type de formation continue comme très positif et très intéressant. Plusieurs autres sites régionaux attendent la poursuite du projet. Entre 15 et 25 travailleurs de rue participèrent à toutes les rencontres (les seuls départs étant motivés par une fin de contrat de travail). L'évaluation globale de la part des participants montrent que la méthodologie expérimentée répond à des besoins essentiels pour les praticiens de pouvoir partager et délibérer sur les pratiques quotidiennes et sur les réalités du terrain. Cette forte participation et cet intérêt soutenu est d'autant plus frappant qu'une majorité des travailleurs de rue impliqués dans la démarche ont, à chaque année, un grand nombre de formations méthodiques et thématiques. On peut même parler dans certains cas de sur-formation.

2. Les contenus des séminaires  

2.1. Mission et mandats  

La question de la mission, des mandats, des enjeux du fonctionnement par programmes, les besoins organisationnels et financiers, le partenariat et la concertation, l'autonomie de l'action, l'éthique des actes.  

En fonction des mandats et des modes dユorganisation des associations qui g俊ent et parrainent les travailleurs, ceux-ci sont confront市 ð : ou bien ils ont un mandat sp残ifique en travail de rue, ou bien le travail de rue sユajoute ðユorientation de la pratique, de sa philosophie de base, de lユ師hique induisent des rapports aux instances (conseil dユadministration, direction,ノ) des supports aux travailleurs de rue (formation, supervision), des discontinuit市 des projets, des objectifs inad子uats ð 

Certaines concertations locales soulèvent des problèmes éthiques autour de la question de la confidentialité. Par contre, d'autres partenariats locaux permettent l'émergence de solutions à des situations de "non-service" (hébergement, dépannage, mécanismes de référence, etc.). Il semble important d'insister que ces situations varient d'une région à l'autre avec une forte disparité urbain-rural.  

Un autre niveau des difficultés relève de ce que Elaine Lachance et Denis St-Amand (en collaboration avec Nicole Dallaire) dans leur recherche " portrait d'initiatives en promotion de la santé : de la genèse au retour sur l'action" (MSSS, mars 2000) ont appelé "le problème de la mémoire", c'est-à-dire de l'absence de références historiques sur le lien entre le besoin identifié au départ de l'action projetée et le contexte social et politique du moment.  

La question en rapport avec la compréhension des enjeux du processus historique (qui a initié la démarche? quel est l'ensemble des tractations et débats entre quels secteurs constitutionnels, etc.) de mobilisation (la grande et petite histoire en quelque sorte) sur le projet du départ a pu être abordé lors d'un séminaire dans le régional de Québec. Les auteurs insistent très justement sur l'importance de la compréhension de la situation à laquelle on essaie de répondre. En l'occurrence plusieurs séminaires ont porté sur cet aspect (problématique jeunesse en général, santé mentale en spécifique). L'autre aspect important de cette recherche porte sur les causes structurelles des problèmes, opposées à l'interprétation psychologisante et individualisant. Évidemment, la possibilité d'avoir un impact sur ces causes dépasse bien souvent l'action des organismes (pauvreté, exclusion, …).  

La formule de séminaires et la méthodologie expérimentée dans l'A-R-F a permis la prise en cause fine et précise de ces variables associatives, locales et régionales. Des séminaires ont porté spécifiquement sur ces questions afin d'informer (avec appel à des experts extérieurs) sur les données historiques et sur les enjeux extra-institutionnels et leurs impacts à l'intérieur des "boîtes" et de leurs choix d'orientation. Parallèlement, des actions précises ont été générées : séances d'information des conseils d'administration, élaboration d'un document d'aide à la gestion (en cours), organisation de sessions de formation-initiation au travail de rue, avec coaching de travailleurs de rue désirant s'engager dans cette voie, support à la mise en place d'un nouveau site régional (Gaspésie, Iles-de-la-Madeleine, Bas St-Laurent). Les problèmes reliés à la gestion par programme (certains OSBL en travail de rue ont jusqu'à près de 10 sources de financement différentes ce qui pose des difficultés de gestion en termes de somme de travail et d'imputabilité, chaque programme ayant ses propres critères d'évaluation). Aussi, les coordonnateurs ont exprimé le besoin d'en parler. Une expérience en ce sens a été faite dans le régional Nord, en suivant la méthodologie de la sociopsychanalyse (groupe à groupe) sur le thème de l'éthique. Expérience positive qui serait à reprendre dans la deuxième phase.

D'autres sous-thèmes ont été abordés dans les séminaires "enjeux extra-institutionnels" sur les mécanismes de relais disponibles (instituer les demandes sociales des jeunes) :

le rôle et place du travailleur de rue dans sa communauté

l'adaptation aux nouveaux phénomènes socio-culturels

le développement des alternatives concrètes

la question de la complémentarité

l'amélioration de la qualité de vie par l'accompagnement social (approche globale)

la sensibilisation des acteurs terrains et constitutionnels sur les réalités jeunesse et des institutions partenaires les réalités jeunesses.

2.2. Les pratiques d'accompagnement et les limites éthiques

2.2.1 Réflexion éthique - pratique  

Cette problématique a été traitée à partir de situations concrètes portant sur les limites : le rapport vie privée - vie publique dans le quotidien, l'image du travailleur de rue, refus de la stigmatisation (santé mentale) du jeune, le travail dans un milieu fermé (HLM avec la double résistance, celle du milieu (la peur de ce que le travailleur voit ou pourrait voir) et celle du jeune (ne pas être vu avec le travailleur de rue de peur d'être étiqueté "celui qui a un problème"), la présence dans l'école, le travail seul ou en équipe (avantages/désavantage) les types de support (supervision, formation, mentorat), la différence homme-femme, le travail en réseaux, les habitus et les codes culturels du quartier, les accompagnements au tribunal, à l'hôpital, le travail de références, les supports (épiceries, budget, transport, etc.), les rapports de voisinage (vandalisme, vols, consommation), les projets collectifs dans les cités (convivialité, entraide).

Les effets préventifs de l'éducation / partage d'expériences existentielles jeunes-adultes, la détresse psychologique, la dépendance toxicomaniaque et la gestion de la consommation (le jeune élevé dans l'imagerie que la fête c'est consommer), la stigmatisation identitaire : "je me présente, je suis alcoolo" mais la personne ne consomme plus depuis plusieurs années. On réduit trop souvent la prévention à un problème ou à un comportement, l'éducation vise le développement de la personne sociale dans sa globalité.  

2.2.2 L'éthique d'accompagnement social, les jeunes et la rue  

L'arrivée dans la rue est l'étape finale d'un processus complexe, progressif et pas toujours linéaire. Le fondement éthique du lien jeune-rue est paradoxal : il est constitué par un mouvement contradictoire d'attraction avec sentiment d'appartenance à la rue comme un monde à soi et de répulsion avec une recherche d'alternatives oscillant dans un mouvement de repli dans la famille ou une cohabitation avec des pairs. La notion de monde est à être comprise au sens phénoménologique de personne commune, d'entourage socio-affectif : la personne individuelle s' "expérimente" existentiellement à travers l'effectuation de chacun de ses actes, à titre de membre d'une communauté de personnes. Du point de vue éthique ce vivre-d'expérience-vécue de l'incorporation nécessaire des personnes dans une sphère sociale se manifeste par la co-responsabilité de ces personnes quant à l'action efficace commune de cette sphère, par cette notion de responsabilité et de co-responsabilité avec la notion concomitante d'imputabilité de l'acte posé intentionnellement par un groupe de personnes individuelles, par cette co-perception affective les uns avec les autres et le co-vivre-d'expérience vécue ensemble, conditon de pratiques de socialisation.  

Dans la trajectoire de vie un événement déclencheur opère la rupture avec le milieu familial afin de permettre au jeune d'instituer à son propre profit, selon les modèles culturels disponibles, des liens avec le monde adulte. La culture occidentale a institué une discontinuité qui va jusqu'à l'opposition entre les rôles de jeunes mineur(e)s et ceux des adultes-majeurs dans au moins 3 domaines :

Responsabilité - irresponsabilité (à distinguer de l'imputabilité)
Soumission - domination
Évitement - affirmation sexuelle  

Le phénomène des jeunes de la rue est indissociable de ces 3 aspects, quelque soient les facteurs multiples et co-présents dans les raisons du pourquoi le jeune rompt avec son "monde familial" (violence domestique et la perception subjective de cette violence par le jeune, la culture familiale et la qualité des liens affectifs vécus, le désir de socialisation du jeune et les profils différentiels de cette socialisation, le goût de la découverte du monde adulte, etc.).

Le passage de la famille à la rue est ainsi influencé par une série de facteurs reliés entre eux sans qu'aucun de ces facteurs ne soient plus déterminants que les autres : ce qui relie les facteurs entre eux, ce qui fait qu'un des facteurs devient l'événement qui forme rupture dépend du sens subjectif que le jeune lui donne. Et ce sens est difficilement accessible pour autrui. Ces données induisent forcément et limitent les possibilités d'interactions avec les jeunes. Leur résistance aux modèles instrumentales d'intervention "objectivisante" en est une des conséquences les plus manifeste que les patriciens connaissent bien.    

Pour découvrir ce sens, un accompagnement personnalisé dans le monde du jeune, l'écoute et l'entendement de ses représentations verbales, l'observation de ses actes, la compréhension de ses intentions internes et sociales (le pré-acte) dans les différents contextes de vie du jeune permettent l'interprétation du sens de son discours et l'interactivité empathique jeune - travailleur de rue dans ce contexte socio-affectif particulier des jeunes de la rue. Ce qui importe avant tout c'est de créer des espaces sociaux dans la rue qui permettent l'émergence de pratiques de socialisation non identificatoires. Ces notions essentielles seront développées dans le cadre de la pratique (voir plus loin).  

2.2.3 La formation continue  

Les actes quotidiens ne sont pas le fruit du jugement, du raisonnement mais bien le fruit d'une aptitude à faire face immédiatement aux événements qui "arrivent" au jour le jour : la personne singulière accomplit ces gestes quotidiens parce que les circonstances les ont déclenchés en elle et pourtant ce sont de véritables actions éthiques; c'est même le type le plus courant de comportement éthique. Aussi, et on n'insistera jamais assez, l'éthique est l'arrière-fond constant de toute réflexion sur les actes individuels ou associatifs. Toute référence, qu'elle soit conceptuelle (anthropologie sociale, les psychologies du comportement et de l'inconscient, la psychosociologie, etc.) ou qu'elle soit méthodologique (comme la socio-psychanalyse) ne devrait jamais évacuer cette dimension essentielle de la pratique professionnelle d'aide en milieu ouvert. Aussi dans les enjeux autour des processus formatifs continus, il nous paraît essentiel de partir de ces "savoir-faire" ordinaires, c'est-à-dire la capacité de faire face immédiatement à une situation souvent impromptue dans la quotidienneté du jeune et du travailleur de rue (ex. : l'omniprésence de la réflexion sur le rapport vie privée — vie publique ou bien encore, la nature du lien de réciprocité). Ces "savoir-faire" ordinaires sont à être distingués des "savoirs-connaissances" intentionnels (ou jugements rationnels). Ces derniers jugements, du point de vue de la formation, sont toujours après coup et cette distanciation temporelle est en soi un pré-requis même de la formation continue. Elle est ainsi constitutive d'une "pensée préventionnelle" de l'acte pros. D'où la question : c'est quoi le "savoir-faire" éthique ? Comment se développe-t-il chez l'être humain ? De ce point de vue, dans le faire face immédiat (connaissances concrètes, incarnées, vécues, co-perçues avec l'autre, etc.), le concret n'est pas une étape vers autre chose. Chaque travailleur de rue a un profil personnel de savoir expérienciel et c'est à partir de ces dispositions à agir dans la quotidienneté, avec les micro-identitiés et dans les micro-mondes correspondants historiquement constitués (ex. : les notions de trajectoire de vie et de carrières dans la rue de l'interactionnisme symbolique de la phénoménologie) sans oublier de micro-rituels du quotidien. Conséquence paradoxale pour la formation : le travailleur de rue agit toujours dans l'urgence d'une situation donnée, à lui d'en prendre conscience afin de n'y être pas aliéné lui-même! La phénoménologie des "habitudes" de vie, la récurrence et la routine de ces micro-mondes avec ses aspects sociologiques et psychologiques (y compris psychanalytiques) sont des aspects importants de la formation en travail de rue visant à acquérir consciemment par l'exercice la faculté de faire ce qu'on ne pouvait pas faire avant, spontanément (ou de faire mieux ce qu'on faisait plus ou moins bien ou mal).  

Ainsi, la définition du sens du mot éthique du point de vue de la pratique se rapproche plus de la "sagesse " que de la "raison "; du point de vue de la formation, il s'agit d'articuler méthodologiquement les deux. L'A-R-F semble répondre adéquatement à cet idéal, autant dans des perspectives de gains à court terme de compréhension et d'explication des dimensions éthiques des actes professionnels posés par les travailleurs sociaux et autant dans le long terme par des gains d'intégration par l'expérimentation de nouvelles façons de faire et de réfléchir individuelles et collectives.  

Il s'agit en effet de comprendre ce qui est "bien" et "bon" de faire, contre ce que Alice Miller appelle si judicieusement les bons sentiments de la pédagogie "noire" et pas seulement d'avoir un jugement "correct" sur une situation particulière. Ce type de travail formatif évite les pièges de la crise de la normativité sociétale, en particulier celle de la moralité et du sens commun (avec les modèles comportementaux y afférant). Les deux sources du jugement moral, attraction et répulsion par rapport à un tout sociétal, nous ramène à la dialectique de ce qu'il est juste et faire et ce qu'il est bien d'être, c'est-à-dire d'insister sur la définition du contenu de l'obligation plutôt que sur la nature de la vie vertueuse en référence aux traditions de la sagesse (l'expérience éthique). Les apports de la phénoménologie et du pragmatisme abordent cette thématique de "celui qui sait ce qu'est le bien et qui le fait spontanément" (les conduites et les sentiments moraux). Ce qui nous amène à distinguer le comportement éthique du jugement moral, autrement dit à analyser les actes quotidiens qui ne sont pas le fruit du jugement ou du raisonnement mais d'une aptitude à faire face immédiatement aux événements, qui sont de véritables actes éthiques. Tout ceci souligne la différence entre le savoir-faire et les savoirs, entre la capacité à faire face immédiatement et la connaissance intentionnelle ou les jugements rationnels.  

3. La nature du lien entre le travailleur de rue et le jeune

On peut distinguer, ici, 3 axes dominants dans le mouvement réflexif des travailleurs de rue sur cet aspect essentiel de leur pratique : la position du travailleur de rue, la trajectoire de vie du jeune et la rencontre.  

3.1 La position du travailleur de rue et la réflexion éthique  

Au-delà des thèmes abordés, la réflexion éthique "colle" comme une deuxième nature à toute pratique sociale personnalisée. Cette réflexion a été abordée sur le thème, d'une part, de la "Bonne Relation": la confiance, la confidence, l'identité professionnel du travailleur de rue (personne sociale), l'identité singulière du travailleur de rue (la personne interne), l'image du professionnalisme et les jugements du jeune, etc., d'autre part, les données contradictoires (et pas seulement paradoxales) du lien : réciprocité et non-réciprocité, égalité et non égalité, reconnaissance et non reconnaissance, urgence et non urgence, public et non public, etc.  

Certaines des notions sont approfondies ailleurs (voir D — Impacts) comme l'aspect confidentiel et le secret professionnel. La réflexion, si elle se veut un rien analytique doit distinguer les niveaux. Mentionnons pour illustrer simplement ce point complexe de la formation, le paradoxe apparent entre la neutralité du travailleur de rue dans sa fonction de médiation socio-institutionnelle et l'impossible neutralité de ce même travailleur de rue (ou de tout autre adulte) au niveau éthique et cela, quelque soit l'espace social de travail.  

3.2 La trajectoire de vie  

Les événements biographiques du jeune, le récit qu'il en fait, les façons de se raconter et d'interpréter sa trajectoire personnelle, ses prises de position éthique (nous avons déjà insisté sur le refus du stigmate), ses projetions existentielles, ses manières de faire (habitudes de vie), les natures et les sources d'informations et de connaissances qu'il dispose, ses difficultés actuelles et leurs liens avec le passé singulier du jeune, ses modes de socialité, sa mobilité socio-spatiale, ses codes culturels : cet ensemble de données biographiques et ses modes d'interprétation confrontent le travail de rue avec ses références culturelles personnelles. Aussi, la formation continue doit être capable d'articuler une approche micro-sociologique avec une visée plus globale qui tourne autour de 3 axes :

- l'historicité de l'institution protection de la jeunesse
- la problématique jeunesse dans son ensemble
-
l'interprétation de la demande individuelle et sociale du jeune.  

3.3. La rencontre  

3.3.1 La rencontre avec le milieu de vie du jeune  

Il existe une chronicité du travail de rue : observation, intégration, prise de contact, accompagnement, action, etc. À travers ces temps d'apprentissage, le travailleur de rue se construit une identité personnelle et une image sociale. Cette reconnaissance varie selon les milieux et elle influence les contacts personnels. Par exemple, dans un milieu "fermé" il risque de rencontrer une double résistance : la résistance du milieu pouvant être motivée par la peur de ce que le travailleur de rue pourrait "voir", la résistance du jeune : ne pas être vu avec le travailleur de rue pour ne pas être étiqueté "celui qui a un problème". Exemple : le rapport privé — public au quotidien varie selon le type de milieu mais aussi selon que le degré d'appartenance au travaileur de rue à ce milieu. Autre exemple : la manière de se présenter varie d'un contexte à l'autre : présence dans les écoles ou dans un quartier. Dans tous les cas, le travail en réseaux, les lieux d'intervention, les références et accompagnements institutionnels (tribunal, famille, bien-être social, direction de la protection de la jeunesse, etc.), les rapports de voisinage et les actions collectives ont été abordés régulièrement dans les séminaires.

3.4 La formation continue (suite)  

L'articulation de la formation autour des 2 axes, individuel — collectif, singulier — général, n'est pas facile à réaliser dans des espaces de type groupal comme les séminaires.  

De nombreux travailleurs de rue sont, à la limite sur-formés, suivent une panoplie de thématiques et de modèles d'intervention pré-fabriqués. Ce type de formation, selon les travailleurs de rue, ne permet pas (quelle que soit la pertinence des contenus) "l'arrimage" des données reçues avec la clinique de l'acte professionnel dans sa double dimension, éthique et pratique. C'est ici, dans ce que l'on peut appeler, l'accompagnement clinique que l'actualisation des comités aviseurs prévus dans la méthodologie de départ peut nous aider à élaborer un aller-retour formatif entre experts et praticiens. Cette piste a été préparée avec 2 personnes ressources cliniciennes (Québec et France), elle est prête pour la 2e phase et elle portera sur l'ensemble de la problématique "santé mentale, jeunes de la rue et accompagnement". Cette thématique sera abordée à partir de la fonction sociale et statutaire du travailleur de rue (individu versus spécialiste) selon une triangulation interprétative et explicative : perception et récits du jeune, écoute et entendement du travailleur de rue, discours de l'expert. La question de la problématique jeunesse est traitée dans le comité ad hoc du cadre de la pratique (voir D — Impacts).  

3.5 Thématiques paradoxales  

C'est en partie pour répondre à cette matière hétérogène, complexe et multiple que le centre de documentation a été élaboré. Je ne ferai que d'énumérer les notions abordées dans les séminaires.  

La reliance sociale, les relations de sympathie, d'empathie, d'aide, d'intimité, de confiance et d'amitié, la zone grise "privé — public", l'espace, le regard, la manipulation, le deuil, l'autonomie, l'autorité, le pouvoir, etc. Tous ces thèmes ont été appréhendés à partir de contextes précis et toujours en regard avec la prise en charge, le suivi, l'accompagnement et l'action sociale menée par le travailleur de rue. Un ensemble de question a été repris par le comité éthique — déontologie : responsabilité, imputabilité, secret professionnel, obligation, etc.

   

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